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La Henriade : avec les notes / poème par Voltaire
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j58 LA HENRIADE.

Ils tremblaient pour ses jours : aucun d’eux n’eût pucroire

Qu’on eût, dans ce moment, dû craindre pour sa gloire.On le cherchait en vain ; ses soldats abattus,

Ne marchant plus sous lui, semblaient déjà vaincus.

Mais le génie heureux qui préside à la France“Ne souffrit pas long-temps sa dangereuse absence:

Il descendit des cieux à la voix de Louis,

Et vint d’un vol rapide au secours de son fils.

Quand il fut descendu vers ce triste hémisphère,Pour y trouver un sage il regarda la terre.

Il ne le chercha point dans ces lieux révérés ,

A l’étude, au silence, au jeûne consacrés ;

Il alla dans Ivry : là, parmi la licenceOù du soldat vainqueur s’emporte l’insolence,L’ange heureux des Français fixa son vol divinAu milieu des drapeaux des enfants de Calvin :

Il s’adresse à Mornay. C’était pour nous instruireQue souvent la raison suffit à nous conduire ;

Ainsi quelle guida, chez des peuples païens,Marc-Aurele, ou Platon, la honte des chrétiens.

Non moins prudent ami que philosophe austere,Mornay 6Ut l’art discret de reprendre et de plaire.Son exemple instruisait bien mieux que ses discours;Les solides vertus furent ses seuls amours.

Avide de travaux, insensible aux délices,

Il marchait d’un pas ferme au bord des précipices.Jamais l’air de la cour, et son souffle infecté,

IN’altérà de son cœur l’austere pureté.

Belle Arétkuse, ainsi.ton onde fortunéeRoule au sein furieux d’Amphitrite étonnée