' 164 I-A HENRIADE.
Là, d’Àamale, ennemi de tout conseil timide,
Leur tenait fièrement ce langage intrépide :
Nous n’avons point encore appris à nous cacher ;L’ennemi vient à nous ; c’est là qu’il faut marcher,C’est là qu’il faut porter une fureur heureuse.
Je connaisses Français la fougue impétueuse ;L’ombre de leurs remparts affaiblit leur vertu :
Le Français qu’on attaque est à demi vaincu.Souvent le désespoir a gagné des batailles :
J’attends tout de nous seuls, et rien de nos murailles.Héros qui m’écoutez, volez au champ de Mars;Peuples qui nous suivez, vos chefs sont vos remparts.
Il se tut à ces mots : les ligueurs en silenceSemblaient de son audace accuser l’imprudence;
Il en rougit de honte, et dans leurs yeux, confus11 lut, en frémissant, leur crainte et leur refus.
Eh bienpoursuivit-il, si vous n’osez me suivre,Français, à cet affront je ne veux point survivre :Vous craignez les dangers ; seul je m’y. vais offrir,
Et vous apprendre à vaincre, ou du moins à mourir.
De Paris, à l’instant, il fait ouvrir la porte;
Du peuple qui l’entoure il éloigne l’escorte;
Il s’avance: un héraut,ministre des-combats,Jusqu’aux tentes du roi marche devant ses pas,
Et crie à haute voix : Quiconque aime la gloire,Qu’il dispute en ces lieux l’honneur de la victoire :D’Aumale vous attend; ennemis, paraissez.
Tous les chefs, à ces mots, d’un beau zele poussés,Voulaient contre d’Aumale essayer leur courage ;To’Us briguaient près du roi cet illustre avantage ;Tous avaient mérité ce prix de la.valeur:
Mais le vaillant Turenne emporta cet honneur.