Briefe an Bonstetten.
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vous eí moi sommes faits pour nous suffire l’unàl'autre, ct combien notre amitié est différente<le celle des autres hommes- —
Alexandre, au sortir du fameux entretienqu’il eut avec Diogène, s’ècria devant ses cour-tisans : ,,Si je n’étois Alexandre, je voudroisêtre Diogène.“ JLes grandes âmes sont immen-ses dans leurs désirs , ou bien elles les maîtrisenttous. Mon bon ami, Divitiae grandes hominisunt, vivere parce, aequo animo. Pour moi,si j’étois né riche, il est sùr, que je n’auroisrien valu; qui sait, quel malheur vous évitez,n’étant pas en état de vous accorder tout; quela noblesse de vos sentimens ne vous fasse pasillusion; tel, qui avoit l’ame bien au-dessusde celle d’un roi, n'a pu soutenir la bonnefortune; ne déplorez donc point la nécessitéde chercher votre bonheur, vos plaisirs, votregloire, en ce que ni les conquérons, ni lesbanqueroutiers, ni les coups du sort quel-conques peuvent vous ôter. Çluid voveat dulcinutrieula majus alumno, quam sap er e, et far!ut possit, quae sentiat, et cui gratia, fama,ssaletudo contingat abunde et mundus victus.Mon doux ami, tu sais à une certaine époquej’ai fait chorus avec Hercule; j’ai craint ce quetu éprouves; ma timide amitié auroit trembléde te dévider : tu as choisi; disons mieux, Dieul’a voulu; ton, cœur doit sentir la plus doucesatisfaction des motifs, qui l'ont animé; veuillene point te repentir d’avoir été bon et géné-reux. A quoi servira toute notre philosophie,si elle ne peut pas nous consoler de, ri’avoirpeut-être que 50 à 60^000 écus et la perspec-tive d’un ou deux baiîlages? Tel de nos lion*amis dans l’antiquité auroit été philosophe àZ. ». MàrMLnmîîl. Werkt. XXXVI. 2