Briefe an Bonstetten.
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meilleur marché. Sois content, et nous seronsheureux j ce ne sera pas la fortune, qui temanquera ; mais il faut faire le dédaigneuxavec elle 5 il faut n’y songer jamais ; pour moi,j’ai un pressentiment, qu’au moment que j'ênserois digne, et que je serois à Tabri du malmoral, qu’elle m’eut fait plutôt, je la trouve-rai sûrement, et que ce ne sera pas de pareilssoins, qui rempliront ma vie. Tu me diras,que je suis seul; je te répondrai, que tu esplus riche, et que quant à tes enfans, c’estune duperie, que d’empoisonner sa proprevie, pour leur laisser d’autres biens que destalens et des vertus. Ton fils, je le suppose,n’héritcra pas de grand’chose : mais tu le for-meras, il aura l’art de plaire, et quand ce nescroit qu’à un seul, telle est la constitution del’Europe, qu’un seul pourra l'élever d’un motà une plus belle fortune, que celle de tous sesancêtres. Ne nous abaissons plus à ces misé-rables idées, que la fortune dépend d’un héri-tage et pas de nous; que ton fils n’en sauroittrouver que dans l’enceinte d une petite ville,ni le père jouir de ce, que' la nâture a fait delui, faute de quelques capitaux de plus. ,,Mavie entière est perdue;“ si j’avois dit cela,vous m’auriez appelé un enfant; etvousj, vous,qui faites le bonheur de votre femme, quiêtes père, magistrat, ami, qui pouvez fairect les charmes et le bonheur de la société, vous,mon ami, sans lequel je n’eusse jamais rienfait ni rien été, vous vous croyez inutile: bon-té! Nous venons de passer dix jours ensemble,qui m’ont fait du bien pour six mois; nousétions heureux, je l’étois du moins; qui nousempêche de vivre ainsi toujours? peut-être