»riefe an Bonstetten.
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et j’ai senti, que je me regarderois comme unmonstre, si j’avois le cœur de m’arracher à cevieillard unique, dont je devrois consoler lasolitude. Ne parlons plus de l’argent; il y aquelque chose de vilain dans cette évaluationde mes devoirs: d’ailleurs je vois bien, qu’aC. je ne manqucrois plus de rien, et qu’enquelques années j’aurois plus, qu'il ne me faut,et qu’en restant ici, j’aurois de même en quel-ques années, ce qu’il me faut pour pouvoir mepasser des nrinccs en bornant mes désirs: desorte qu’à cet égard il n’y a que cette différence,‘que là bas je vis seul, et à mes dépens, ct jejouis déjà d’une indépendance honnête , au lieuqu’ici il me faut acheter une indépendance en-tière par quelques années de leçons ou d’autrestravaux, ct renoncer en attendant au pouvoirde disposer de mon teins et de moi aussi libre-ment, que si je n’étois à personne. J’avoueque ce qui m’effraye, c’est les leçons: je meconnois, j’ai beau faire, je dépends des yeuxet des moindres mots de ceux, qui les paient,pareeque je ne crois jamais leur donner assezd'idées pour leurs écus: 'cela ne in’a jamaisréussi, j’ai toujours fini par en être malade: lajeunesse de ce pays a beaucoup de suffisance,ct les parens ne croient jamais recevoir assezpour leur argent. Comme il faudra pourtanten venir là , pareeque je serai quelques annéessans argent: je ne puis le dissimuler, mes vœuxme rappellent en Allemagne, où je ne suis pasréduit à cet execrable métier; et il me sembleque ce, que j’aurai ici en 6 ans, ne m’en dé-dommagera peut-être pas, si je meurs d’épui-sement, d’ennui ou de chagrin auparavant.Voici donc où j’en suis avec mon cœur: pour