Buch 
Corneille et son temps : étude littéraire / par M. Guizot
Entstehung
Seite
54
JPEG-Download
 

54

DE L’ÉTAT DE LA POÉSIE EN FRANCE

portera d’admiration : on s’extasiera sur un quoiqu'ondie 1 ; une expression bourgeoise révoltera ; la pédan-terie des bons airs s’unira à celle du bel esprit ; le motde bel-esprit lui-même 2 deviendra la qualification,d’abord honorable, ensuite ridicule, attachée à la réu-nion de là recherche de l’esprit et de la recherche desmanières; et ainsi s’expliquera sans peine l’existence decet hôtel de Rambouillet, où les prétentions de l'élé-

Au siècle des vieux palardins,

Soit courtisans, soit citardins,

Femmes de cour ou citardinesPrononçoient toujours muscardins,

Et balardins et balardines,

Mesmes l’on dit qu’en ce tems-làChacun disoit : rose muscarde :

J’en diroisbien plus sur cela;

Mais par ma foy je suis malarde,

Et même en ce moment voilàQue l’on m’apporte une panarde.

( Hist . de VÀcaâ. franç ., par Pélisson, p. 270.)

1 Molière, Femmes savantes.

4 Le bel esprit est un titre fort beau,

Quand on aime à courir de ruelle en ruelle ;

Mais ce n’est point le fait d’une sage cervelleDe chercher à briller sur un terme nouveau.

Un bel esprit, si j’en sais bien juger,

Est un diseur de bagatelles...

0 ciel ! diront les précieuses,

Peut-on se déchaîner contre le bel esprit ?

(OEuvres de Saint-Èvremond y t. IX, parmi les piècesqui lui sont attribuées sans certitude positive.)