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CORNEILLE.
Si, dans ses premiers ouvrages, on découvre quelque ori-ginalité, ce n’est pas Celle du génie, mais celle du bonsens qui commence à démêler l’absurdité de cequ’il se soumet à imiter. Les modèles offerts à l’imita-tion de Corneille n’étaient faits ni pour le diriger, nipour le gêner: « Je n’avois pour guide, dit-il dans« l’examen de Mélite, qu’un peu de sens commun,
neveu riche de sa gloire. Ceux pour qui elles auraient pu avoir leplus d’intérêt, Thomas Corneille et M rae de Fontenelle, femme, dit-on, de beaucoup d’esprit, nés à une très-grande distance de leuraîné (Thomas naquit en 1625), n’avaient rien pu savoir par eux-mêmes. J’aurai occasion de relever plusieurs erreurs manifestes deFontenelle sur les faits de la vie de son oncle.
M. Taschereau, dans son Histoire de ta Vie et des Ouvrages deCorneille (in-8°, Paris, 1829), a contesté aussi l’anecdote rapportéepar Fontenelle; et je trouve dans un mémoire lu à l’Académie deRouen, par M. Emm. Gaillard, en 1834, et qui contient, sur Corneille,quelques détails biographiques assez curieux, le passage suivant :
« M. Taschereau s’est trompé sur Mélite, dont il fait un être ima-ginaire. S’il avait lu le Moréri des Normands, manuscrit de la biblio-thèque de Caen, il aurait vu que Mélite est l’anagramme de Milet;or, l’abbé Guyot, ancien secrétaire du Puy de la Conception de Rouen,affirme que M"« Milet était une très-jolie personne de notre ville.J’ajouterai qu’elle demeurait à Rouen, rue aux Juifs, n° la. Le faitm’a été attesté par M. Dommey, ancien greffier en chef de la chambredes comptes, homme qui aurait cent vingt ans aujourd’hui, et quidisait tenir celte particularité de très-vieilles demoiselles, habitantcette maison, rue aux Juifs, quand, lui, il était fort jeuneetne l’ha-bitait pas encore. L’existence de M 1 ' 0 Milet est d’ailleurs de tradi-tion à Rouen. Je l’ai ouï raconter, dans ma jeunesse, â des octogé-naires du plushautrang, et dont l’un, le chevalier de Maisons, étaitl’ami de M. de Cideville. » Précis analytique des travaux de VAcadé-mie de Rouen pendant l’année 1834, p. 163-166.)