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Corneille et son temps : étude littéraire / par M. Guizot
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CORNEILLE.

demanderons si c’est le même homme qui a pu s’éle-ver et s’abaisser ainsi tour à tour, et nous verrons quelivré tantôt à son génie, tantôt à sa situation, ce n’esteffectivement pas le même homme.

Considérez d’abord Corneille dans ses rapports so-ciaux: dénué de tout ce qui distingue un homme parmises égaux, il semble irrévocablement marqué pour de-meurer confondu dans la foule ; sa tournure est com-mune 1 , sa conversation pesante, son langage incor-rect 2 , sa timidité gauche, son jugement incertain, son

1 « La première fois que je le vis, dit Vigneul Marville, je le prispour un marchand de Rouen. » ( Mélanges d’Histoire et de Littfra-« tare, t. 11, p. 167.) « M. Corneille, ditFontenelle,ctoit assez grand« et assez plein, l’air fort simple etfort commun. » ( Vie de Corneille,t. III, p. 124.) « Cependant il avoit, selon Fonlenelle, le visage assez« agréable, un grand nez, la bouche belle, les yeux pleins de feu, la« physionomie vive, des traits fort marqués et propres à être trans-« mis h la postérité dans une médaille ou dans un buste. »

5 « Un autre est simple et timide, d’une ennuyeuse conversation ;

« il prend un mot pour un autre. Il ne sait pas réciter ses pièces

« ni lire son écriture. » (La Bruyère, des Jugements, t. II, p. 84.)« Sa conversation éloit si pesante qu’elle devenoit à charge dès« qu’elle duroit. un peu. Il n’a jamais parlé bien correctement la« langue françoise. » (Vigneul Marville, t. II, p. 167-168.) « Sa pro-« noncialion n’éloit pas tout-à-fait. nette ; ü lisoit ses vers avec force,« mais sans grâce. Pour trouver le grand Corneille, il falloit le lire. «(Fontenelle, p. 125.) On disait qu’il ne fallait l’entendre qu’à l’hôtelde Bourgoghe, et il le savait si bien qu’il disait lui-même :

Et l’on peut rarement m’érouter sans ennuv,

Que quand je me produis par la bouche d’autrui.

( Billet â Pclùson, t. X. p. 121, édit, de 1758.)