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Corneille et son temps : étude littéraire / par M. Guizot
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CORNEILLE.

accord, non avec les sentiments que nous avons lemieux connus, mais avec ceux que nous sommes leplus capables d’éprouver : tout ce que renferme le cœurde l’homme, la tragédie peut le lui demander; ellepeut y chercher les larmes de la pitié, le frémissementde la terreur, l’élan du courage, les émotions de l’a-mour, l’indignation contre le vice, l’amour maternel,la piété filiale ; tout ce qui nous a été donné, pour notreconservation ou notre moralité, porte à l’art drama-tique le tribut de cette force surabondante que, dans lecours d’une vie paisible, nous trouvons si rarementl’occasion d’employer complètement.

Parmi ces sentiments, il en est un, perfection denotre nature, dernier degré de la volupté de Pâme,d’une volupté qui est la douce preuve de sa noble ori-gine et de sa glorieuse destination ; ce sentiment, c’estl’admiration, le sentiment du beau, l’amour du grand,l’enthousiasme de la vertu; il nous émeut devant unchef-d’œuvre, nous échauffe au récit d’une belle action,et nous enivre de la seule idée d’une vertu que troismille ans ont pour toujours séparée de nous. Un pareilsentiment laissera-t-il le théâtre froid et le spectateursans émotion? Sera-ce un mouvement trop calme pourla tragédie que celui qui, précipitant l’âme tout en-tière hors d’elle-même, l’arrachant, pour ainsi dire, àla terre et aux liens qui l’y enchaînent, la transporte,comme d’un seul élan , aux régions les plus élevées