CORNEILLE.
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sente, le plaisir que nous cause la grandeur d'âme duhéros ne serait-il pas étouffé, ou du moins bien affai-bli, par la colère que nous inspirerait son indignesituation ? Mais nous necroyons rien ; nous nousconten-tons de sentir, sans rien mêler à cette impression quisuffit pour absorber notre âme et écarter toute autreidée.
De même que, dans les exercices du corps, un butinsignifiant, offert à la justesse de nos coups, attiretoute notre attention sur le simple développement denos forces physiques, de même, dans ces jeux de l’âme,livrés tout entiers à l’exercice de nos facultés morales,nous nous y portons avec cette satisfaction vigoureusequi naît d’une plus grande énergie d’existence; si unpeu de douleur vient se mêler à cette satisfaction, lemal de souffrir n’est plus cependant alors, dans le mou-vement qui nous anime, que le plaisir de sentir; et cemal ne reprend sa véritable nature que si une dou-leur trop vive nous avertit de la présence d’un en-nemi, si une lutte innocente, changée en un combatdangereux, au lieu de nous occuper de l’emploi de nosforces, nous inquiète du sentiment de notre faiblesse.
Ce n’est donc pas la conformité du spectacle à notredestinée particulière et à nos sentiments personnelsqui constitue le vrai mérite de la tragédie; c’est bienplutôt sa conformité à la destinée humaine en général,et à notre nature intellectuelle et sensible; c’est son