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Corneille et son temps : étude littéraire / par M. Guizot
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Soi

CORNEILLE.

milieu de sa haine contre les Romains et de son hor-reur pour l’esclavage, pourra regarder le plaisir d’en-lever Massinissa à une rivale comme le plus grandbonheur de ce mariage qui doit la soustraire autriomphe ; les amants de ces illustres coquettes, dévo-tement soumis à leurs fantaisies, attendront, comme leveut Antiochus, sans révolte et sans blasphème, cequ’il plaira à leur gloire d’en ordonner ; et destracasseries de vanité se mêleront sans effort, dansles dernières pièces de Corneille, aux exagérationsd’orgueil à travers lesquelles on ne voit percer quede loin en loin quelques étincelles de son génie etles souvenirs de sa grandeur.

Une fois entré dans une fausse route d’idées, Corneillen’avait pas, pour en sortir , la ressource de l’observa-tion des sentiments naturels : il s’était trop accoutuméà les chercher dans son imagination. L’imaginationmôle beaucoup de faux au vrai qu’elle présente; elleforme au poète une espèce de monde particulier, placéentre lui et le monde véritable qu’il ne s’inquiète plus

« le malheur de ne pas plaire à notre siècle, pour être entré] dans le« génie de ces nations et avoir conservé à la fille d’Asdrubal son« véritable caractère. Ainsi, à la honte de nos jugements, celui qui« a surpassé tous nos auteurs, et qui s’est peut-être, ici, surpassé« lui-même, a rendu à ces grands noms tout ce qui leur étoit dû,« et n’a pu nous obliger à lui rendre tout ce que nous lui devions. »(Saint-Évremond, Dissertation sur VAlexandre de Racine, t. Ill deses OEuvres, p. 141-142.)