Buch 
Corneille et son temps : étude littéraire / par M. Guizot
Entstehung
Seite
300
JPEG-Download
 

300

ÉCLAIRCISSEMENTS

ma foiblesse ; et ce qui n’étoit sans eux qu'un effet d’une insup-portable présomption, est devenu un devoir indispensable pourmoi, sitôt que je les ai reçus. Oserai-je avouer qu’ils m’ont faitune douce violence ? »

Alexandre VII était poète lui-même. Il avait, dans sa jeunesse,composé des poésies latines que l’on imprima au Louvre en 1686,après son exaltation sous ce titre : Philumalhi musœ juvéniles.Corneille lut ces poésies, et les admira beaucoup, surtout cellesoù il est parlé de la mort. Il termina et publia alors , en 1686, lacinquième et dernière partie de sa traduction de VImitation deJésus-Christ, dont les 2 e , 3 e et 4 e parties avaient paru à Rouenen 1682, 1683 et 1634 : « Oserai-je avouer, dil-il, dans sa dédicaceau pape , que j’ai été ravi de pouvoir prendre cette occasiond'applaudir à nos Muses, et de vous remercier pour elles desmoments que vous avez autrefois ménagés en leur faveur, parmiles occupations illustres où vous attachoient les importantes négo-ciations que les Souverains Pontifes, vos prédécesseurs, avaientconfiées à votre prudence. Elles en reçoivent ce témoignageéclatant et cette preuve invincible que non-seulement elles sontcapables des vertus les plus éminentes et des emplois les plushauts, mais qu’elles y disposent même , et conduisent l’espritqui les cultive, quand il en sait faire un bon usage. C’est une véritéqui brille partout dans ce précieux Recueil de vers latins, où vousn’avez point voulu d’autre nom que celui d 'Ami des Muses,—et quere grand Prélat (Harlay de Chanvallon) a pris plaisir de me fairevoir des premiers. Il me l’a fait lire, il me l’a fait admirer avec lui;et pour vous rendre justice partout durant cette lecture, je nefaisois que répéter les éloges que chaque vers tiroil de sa bouche.Mais entre tant de choses excellentes, rien ne fd alors et ne faitencore, tous les jours, une si forte impression sur mon Ame, queces rares pensées de la mort que vous y avez semées si abon-damment. Elles me plongèrent dans une réflexion sérieuse qu’ilfalloilcomparoître devant Dieu, et lui rendre compte du talent dontil m’avoil favorisé.

Je considérai ensuite que ce n’étoit pas assez de l’avoir si heu-reusement réduit à purger notre théâtre des ordures que lespremiers siècles y avoient comme incorporées et des licences queles derniers y avoient souffertes ; qu’il ne me devoil pas suffire d’y-avoir fait régner en leur place les vertus morales et politiques,et quelques-unes même des chrétiennes; qu’il falloit porter ma