SCARRON (PAUL). 425
tueux, une âme que rien n’avait préparée au malheur.Aussi Scarron ne s’obstina-t-il point à cette lutte iné-gale ; tout son talent fut d’y échapper. Véritable enfant,que la mobilité de ses impressions dérobait sans cesse àleur vivacité, il se livre sans résistance à la douleurquand elle devient assez forte pour le surmonter; dèsqu’elle lui donne quelque relâche, il s’abandonne demême à l’impulsion de sa gaîté et de son esprit. Dansl’excès de ses maux, ou même dans les simples contra-riétés de la vie, il ne se refuse aucun des soulagementsde la faiblesse. Il a recours aux larmes 1 comme aux vio-
1 Celte singulière facilité à pleurer est consignée dans plusieursendroits de ses ouvrages : il finit une épître badine à M me Tambou-neau, parce que la donleur l’opprime, dit-il,
Et le fait pleurer comme un veau.
Il ne faut même pas, pour provoquer ses larmes, quelque chosed’aussi violent qu’une attaque de rhumatisme; elles n’ont besoin,pour couler, que de quelques compliments qui l’embarrassent. « Quand« on m’en fait ou qu’on m’oblige à en faire, dit-il, je me mets à« pleurer et me défais de la plus pitoyable manière du monde »(Lettre à il. de Yivonne, t. I, 2 e partie, p. 81); et la même parti-cularité est confirmée dans une épitre chagrine au maréchal d’Al-bret. Dans la seconde légende de Bourbon, il raconte ainsi son aven-ture avec un suisse qui avait voulu l'empêcher d’entrer dans un bal :
En jour que j’enlrois dans un liai,
Sans que je lui fisse aucun mal,
Sa main voulut ma gorge prendre,
Et la prit sans vouloir la rendre,
Comme si ma gorge eût été