HISTOIRE ROMAINE. 35 . a 7 3
Le parti populaire était vaincu. Sylla prit alors solennelle-ment le surnom d 'Heureux (Félix). I,e reste de sa vie 11e futplus qu’un tissu d’injustices et de cruautés. Il fit égorger dansle cirque six à sept mille prisonniers, auxquels il avait promisla vie sauve. Chaque jour il fit afficher une liste de ceux qu’ildévouait à la mort. L’esclave fut invité, par l’appât de l’or, àtuer son maître ; le fils même à massacrer son père. La têted’un proscrit était payée deux talents ( 10,444 fr* ) > on confis-quait les biens; c’était un crime que d’être riche. Ces atrocitésne cessèrent qu’au bout de plusieurs mois, après avoir coûté lavie à plus de cent cinquante mille personnes, sénateurs, cheva-liers et simples citoyens.
La république n’existait plus; un seul était maître de toutpar le droit de l’épée. Tandis que Crassus et Pompée poursui-vent les restes du parti vaincu, Sylla remplit le sénat de sescréatures, abaisse le trihunat, et se fait élire dictateur perpé-tuel. Il affranchit dix mille esclaves de proscrits, pour en faireses satellites dans Rome ; il distribue les terres de ses ennemis àcent vingt mille légionnaires, et, las de gouverner les Romains,il abdique volontairement pour se retirer à Cumes, où il meurtde débauches (79).
De la mort de Sylla a celle de Sertorius (79-73). Leparti populaire, mort depuis l’an 82 en Italie, ne l’était nien Afrique, où le soutenait Domitius, ni en Espagne, oùSertorius devait le défendre encore longtemps. Le consul Emi-lius Lépidus tenta de le relever dans Rome, après l’abdicationde Sylla. Catulus, aidé de Pompée, le défit en plusieursrencontres. Brutus, lieutenant de Lépidus dans la Cisalpine,ne fut pas plus heureux ; mais Perpenna, qui servait souslui, parvint à rassembler les débris des troupes pour aller re-joindre Sertorius en Espagne (78).
Patriote ardent et vertueux, Sertorius avait quitté lesdrapeaux de Marius, dès qu’il les avait vus souillés du sang deses concitoyens. Maître de toute l’Espagne (79), entouré d’unenombreuse cour de proscrits, il avait formé dans son campcomme une nouvelle Rome, avec un sénat et des écoles publi-ques pour la jeune noblesse espagnole. Pour se faire respecterdu peuple, il se disait en commerce avec les dieux , qui lui