HISTOIRE DU MOYEN AGE. IL 399
terre , Philippe I er ne prit aucune part aux grands événe-ments qui se passèrent sous son règne. Imitateur (lu simoniaqueHenri IV, empereur d'Allemagne , il fut menace par Gré-goire VII des foudres de l’Eglise ; incontinent, comme son mo-dèle, il s’attira deux fois les anathèmes d’Urbain II, pour lerapt de Bertvaclc de Montfort, femme du comte d’Anjou , sa maî-tresse, qu’il épousa. Les vassaux turbulents allaient en profiter,lorsque la première croisade détourna l’inquiète activité des es-prits. Philippe se contenta d’y envoyer quelques troupes, et nes’occupa que d’agrandir ses domaines aux dépens des absents. Ilmourut en 1108.
2. Idée générale de la féodalité en Europe et surtout enFrance. — Importance de la terre. La féodalité s’étendit au 10 esiècle sur toute l’Europe $ mais c’est principalement eu Francequ’elle s’étabLit dans toute sa régularité. Là , comme ailleurs, ellematérialisa toute la société : Nul seigneur sans terre , nulle terresans seigneur , telle était sa devise. L’homme appartenait à unlieu ; il était jugé selon qu’on prouvait de lui qu’il était de hautou bas lieu. L’Église elle-même était devenue toute féodale.Les chevaliers qui s’y réfugiaient restaient chevaliers sous l’habitde prêtre ; les évêques devenaient barons, et les barons, évêques
Alleux et fiefs ; hérédité ; droits et devoirs respectifsdes possesseurs de fiefs. La féodalité , sanctionnée par Charlesle Chauve, à Kierzy-sur-Oisc (977)5 se trouvait dans sa plusgrande vigueur, dix ans après , à la mon de Louis V, c’est-à-direà l’avénemciH des Capétiens.
Les comtes , au lieu de cet esprit de justice et de bien publicqu’ils puisaient dans la délégation royale , lorsqu’ils se trou-vèrent investis par l’hérédité d’une puissance sans frein et sanscontrôle , s’animèrent d’un esprit de domination et do tyrannie.Enfermés dans des forteresses inexpugnables, entourés de gensde guerre qui 11e se soutenaient que parles rapines et le pillage,réunissant dans leurs mains tous les pouvoirs, ils multipliaientdans tout le royaume les violences et les avanies ; les hommeslibres, habitants des comtés, n’eurent bientôt d’autre moyen dese soustraire à ces exactions, que de faire hommage do leurspropriétés à ceux qui les opprimaient , heureux d'échangercontre une protection onéreuse une indépendance illusoire.