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6és t elle entretenait l'émulation et l’espoir parmi les hommes.Tandis que le despotisme et l’anarchie partageaient les villes etles royaumes de l’Occident, les peuples invoquaient la religioncontre la tyrannie , les princes contre la licence et la révolté.Comme elle avait précédé toutes les institutions modernes, elledut être Longtemps la seule autorité environnée de la vénérationet de l'amour des peuples. Sous plus d’un rapport, les nationssemblaient ne reconnaître d’autres législateurs que les Pères desconciles, d’autre code que l’Evangile et les saintes Ecritures.Ainsi l’Europe pouvait être considérée comme une société reli-gieuse, où la conservation de la foi était le plus grand intérêt,où les hommes appartenaient plus à l’Eglise qu’à la patrie. Danscet état de choses, il était facile d’enflammer l’esprit des peuplesen leur présentant la cause de la religion et des chrétiens à dé-fendre.
D’un autre coté, le système féodal avait en quelque sorte uni-versalisé en Europe le crime et l’injustice. Il n’était guère dechâtelain qui n’eùt à se reprocher quelque cas de despotisme etd’exaction, quelque abus de la puissance militaire ou judiciairedont chacun d’eux était revêtu. Si le sentiment du droit avaitété banni des âmes, cet exercice de la tyrannie, sanctionné pourainsi dire parles institutions existantes, n’aurait point excitéde remords dans les consciences ; mais le christianisme ne per-mettait pas aux oppresseurs cette tranquillité dans le mal, etpartout h la fois il ht naître le besoin d’une expiation égale à lagrandeur des iniquités. Les pèlerinages à Jérusalem s’étalentmultipliés à mesure que le régime de la force avait corrompu lasociété 1 ; et c’est à l’époque du plus grand développement de cerégime, que tout le personnel du système féodal se leva en
i. Foulques Nerra, comte d’Anjou, entreprit un pèlerinage àJérusalem, parce qu’il croyait, dans ses rêves, voir sortir deleurs tombeaux les victimes de ses guenes injustes. Robert leFrison, comte de Flandre; Bérenger II, comte de Barcelone;Frédéric , comte de Verdun ; Robert II, duc de Normandie, etc.,entreprirent des pèlerinages pour des motifs pareils ; enfin , surla fin du xi e siècle, on vit un pèlerinage de sept mille cheva-liers partis des bords du Rhin pour aller expier leurs fautes autombeau de Jésus-Christ.