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DAVID HUME
fort ennemis du paradoxe, se sont rendus à mon opinionet ont reconnu avec moi, non pas que Benjamin Franklinfût un mauvais homme ou un esprit sans valeur, mais quece philosophe délicat et fin jusqu’à la ruse a profité de no-tre enthousiasme, nous a exploités doucement et. mêmenous a un peu attrapés. C’est dans la correspondance deFranklin, publiée par M. Jared Sparks que se trouve levrai Franklin. C’est aussi dans les cinq cents lettres tom-bées de la plume de David Hume, et publiées par M. Bur-ton, que le vrai David Hume se manifeste ; car Hume estl’autre personnage dont j’ai indiqué plus haut (1) l’appari-tion triomphante au milieu de notre XVIII e siècle français.
Hume fut à Paris le précurseur de Franklin ; ce der-nier ne devait nous rendre sa visite qu’en l’année 1776.Hume, dès l’année 1764, se trouvait en France comme se-crétaire de lord Hertford, ambassadeur qu’il éclipsait com-plètement. On n’y avait d’yeux que pour Hume. De toute lanuée d’étrangers et spécialement d’Anglais mécontents quis’abattit entre 1700et 1790 sur la haute société parisienne,aucun n’avait produit autant d’effet que Hume et ne devaitfaire autant d’impression sur nous, Franklin excepté ; niBolingbroke, ni Atlerbury l’évêque conspirateur, ni la bi-game lady Kingston, ni Sterne, ni Walpoie, ni même lebeau lord Holderness, qui dépensait dix mille livres ster-ling en une soirée pour être remarqué.
On ne s’explique guère cette grande vogue de Hume àParis. N’y avait-il pas près de lui Gibbon plus érudit et plusprofond, Wilkes plus turbulent, Sterne plus original,Chesterfield plus élégant ? Tous disparaissaient à côté deHume. Plus tard, Benjamin Franklin, qui eut le mêmesuccès, coïncidait au moins avec un grand mouvement po-
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