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Etudes sur la littérature et les moeurs de l'Angleterre au XIXe siècle / par Philarète Chasles
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A PARIS.

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lilique et son air patriarcal faisait plaisir à voir; il disaitde jolies choses aiguisées dune ironie socratique qui lesrelevait. Mais Hume était muet, se carrait sur les fau-teuils, les mains jointes sur son ventre et lœil endormi,la paupière à demi-fermée ; il se laissait caresser et cajolersans daigner répondre un bon mot, et il faisait bien ; il neparlait pas même français.

A cinquante-huit ans, laid, gauche, aussi peu homme dumonde que possible, sans femme, sans ambition, sans maî-tresse, sans autre passion que celle de lire et dimprimer,il avait réalisé deux espèces de renommée., celle de librepenseur et celle dhistorien. Lisolement, qui est souventun bon et sévère maître, lavait préparé à la haine et audédain des formules sociales qui dominaient lAngleterre.Comme Franklin, il était provincial, et, comme lui, mé-content de sa métropole; comme Franklin, Hume de-vait à ses antécédents cachés et rustiques une certainesimplicité ingénue, grossière et gauche chez lÉcossais,gracieuse et calme chez lAméricain, et qui avait un charmeinfini pour des gens blasés, quintessenciés et raffinés. Unecivilisation qui depuis six siècles environ., depuis les Coursdamour, navait pas cessé de se draper et de senvelopperdans les plus factices élégances, essayait de les rejeter vio-lemment, et trouvait admirable tout ce qui ne lui ressem-blait pas. De le succès de louvrier genevois Jean-Jacques; de lengouement général pour Franklin etHume. La société française protestait contre elle-même,contre son passé, contre la chevalerie, contre la féodalitéet la monarchie, en faisant cet accueil idolâtre à Hume età Franklin, deux hommes rustiques, dont lun représen-tait une révolution fondamentale dans les idées, lautre unerévolution mémorable dans les faits.