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Tome premier.
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54 DISCOURS PRÉLIMINAIRE

avant que d’entrer, sur ce sujet, daus tout le détail qu’on esten droit d’exiger de nous, il ne sera pas inutile d’examiner avecquelque étendue l’état présent des sciences et des arts, et demontrer par quelle gradation on y est arrivé. L’exposition mé-taphysique de l’origine et de la liaison des sciences nous a étéd’une grande utilité pour en former l’arbre encyclopédique;l’exposition historique de l’ordre dans lequel nos connaissances sesont succédées, ne sera pas moins avantageuse pour nous éclairernous-mêmes sur la manière dont nous devons transmettre cesconnaissances à nos lecteurs. D’ailleurs l’histoire des sciencesest naturellement liée à celle du petit nombre de grands géniesdont les ouvrages ont contribué à répandre la lumière parmiles hommes , et ces ouvrages ayant fourni pour le nôtre les se-cours généraux, nous devons commencer à en parler avant quede rendre compte des secours particuliers que nous avons obtenus.Pour ne point remonter trop haut, fixons-nous à la renaissancedes lettres.

Quand on considère les progrès de l’esprit depuis cette époquemémorable, on trouve que ces progrès se sont faits dans l’ordrequ’ils devaient naturellement suivre. On a commencé par l’é-rudition , continué par les belles-lettres, et fini par la philoso-phie. Cet ordre diffère à la vérité de celui que doit observer1 homme abandonné à ses propres lumières, ou borné au com-merce de ses contemporains, tel que nous l’avons principale-ment considéré dans la première partie de ce discours: en effet,nous a,ons fait voir que l’esprit isolé doit rencontrer dans saroute la philosophie avant les belles-lettres. Mais en sortantd’un long m'ervalle d’ignorance que des siècles de lumièreavaient précédé, ] a régénération des idées , si on peut parlerainsi , a du nécessairement être différente de leur générationprimitive. Nous alions tâcher de le faire sentir.

Les chefs-d’œuvre que les anciens nous avaient laissés danspresque tous les genres, avaient été oubliés pendant douzesiècles. Les principes des .ïciences et des arts étaient perdus,parce que le beau et le vrai qui semblent se montrer de toutesparts aux hommes, ne les frappent guère à moins qu’ils n’ensoient avertis. Ce n’est pas que ces temps malheureux aientété plus stériles que d’autres en génies rares; la nature est tou-jours la meme ; mais que pouvaient faire ces grands hommes,semés de loin à loin comme ils le sont toujours, occupés d’objetsdiffêrens, et abandonnés sans culture à leurs seules lumières?Les idées qu’on acquiert par la lecture et par la société, sont legerme de presque toutes les découvertes. C’est un air que l’onrespire sans y penser , et auquel on doit la vie ; et les hommes