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Tome premier.
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DE L’ENCYCLOPÉDIE. 61

■nos idées les premières opérations de la raison précèdent lespremiers efforts de l’imagination , celle-ci, quand elle a fait lespremiers pas , va beaucoup plus vite que l’autre : elle a l’avan-tage de travailler sur des objets qu’elle enfante ; au lieu que laraison forcée de se borner à ceux qu’elle a devant elle, et des’arrêter à chaque instant, ne s’épuise que trop souvent en re-cherches infructueuses. L’univers et les réflexions sont le pre-mier livre des vrais philosophes , et les anciens l’avaient sansdoute étudié : il était donc nécessaire de faire comme eux ; onne pouvait suppléer à cette étude par celle de leurs ouvrages ,dont la plupart avaient été détruits , et dont un petit nombre ,mutilé par le temps , ne pouvait nous donner sur une matièresi vaste que des notions fort incertaines et fort altérées.

La scholastique qui composait toute la science prétendue dessiècles d’ignorance , nuisait encore aux progrès de la vraie phi-losophie dans ce premier siècle de lumière. On était persuadédepuis un temps, pour ainsi dire, immémorial , qu’on possédaitdans toute sa pureté la doctrine d’Aristote , commentée par lesArabes, et altérée par mille additions absurdes ou puériles ; eton ne pensait pas même à s’assurer si cette philosophie barbareétait réellemeut celle de ce grand homme, tant on avait conçude respect pour les anciens. C’est ainsi qu’une foule de peuplesnés et affermis dans leurs erreurs par l’éducation , se croientd’autant plus sincèrement dans le chemin de la vérité , qu’ilne leur est pas même venu en pensée de former sur cela lemoindre doute. Aussi, dans le temps que plusieurs écrivains ,rivaux des orateurs et des poètes grecs, marchaient à côté deleurs modèles , ou peut-être même les surpassaient, la philoso-phie grecque , quoique fort imparfaite , n’était pas même bienconnue.

Tant de préjugés qu’une admiration aveugle pour l’antiquitécontribuait à entretenir, semblaient se fortifier encore par l’abusqu’osaient faire quelques théologiens de la soumission des peuples.On avait permis aux poètes de chanter dans leurs ouvrages lesdivinités du paganisme , parce qu’on était persuadé avec raisonque les noms de ces divinités ne pouvaient être qu’un jeu donton n’avait rien à craindre. Si d’un côté la religion des anciensqui animait tout , ouvrait un vaste champ à l’imagination desbeaux esprits ; de l’autre , les principes en étaient trop absurdes,pour qu’on appréhendât de voir ressusciter J upiter et Pluton parquelque secte de novateurs. Mais l’on craignait , ou l’on parais-sait craindre les coups qu’une raison aveugle pouvait porterau christianisme : comment ne voyait-on pas qu’il n’avait pointà redouter une attaque aussi faible ? Envoyé du ciel aux hommes,