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Tome premier.
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g 3 DISCOURS PRÉLIMINAIRE

la vénération si juste et si ancienne que les peuples lui témoi-gaient, avait été garantie pour toujours par les promesses deDieu même. D’ailleurs , quelque absurde qu’une religion puisseêtre (reproche que l’impiété seule peut faire à la nôtre ), ce nesont jamais les philosophes qui la détruisent : lors même qu’ilsenseignent la vérité , ils se contentent de la montrer sans forcerpersonne à la connaître ; un tel pouvoir n’appartient qu’à l’Étretout-puissant : ce sont les hommes inspirés qui éclairent lepeuple , et les enthousiastes qui l’égarent. Le frein qu’on estobligé de mettre à la licence de ces derniers ne doit point nuireà cette liberté si nécessaire à la vraie philosophie, et dont la re-ligion peut tirer les plus grands avantages. Si le christianismeajoute à la philosophie les lumières qui lui manquent, s’il n’ap-partient qu’à la grâce de soumettre les incrédules , c’est à laphilosophie qu’il est réservé de les réduire au silence ; et pourassurer le triomphe de la foi, les théologiens dont nous parlonsn’avaient qu’à faire usage des armes qu’on aurait voulu employercontre elle.

Mais parmi ces mêmes hommes, quelques uns avaient unintérêt beaucoup plus réel de s’opposer à l’avancement de laphilosophie. Faussement persuadés que la croyance des peuplesest d’autant plus ferme , qu’on l’exerce sur plus d’objets difï’é-rens, ils ne se contentaient pas d’exiger pour nos mystères lasoumission qu’ils méritent, ils cherchaient à ériger en dogmesleurs opinions particulières; et c’étaient ces opinions mêmes,bien plus que les dogmes , qu’ils voulaient mettre en sûreté. Parlà ils auraient porté à la religion le coup le plus terrible , si elleeût été l’ouvrage des hommes ; car il était à craindre que leursopinions étant une fois reconnues pour fausses, le peuple qui nediscerne rien , ne traitât de la même manière les vérités aveclesquelles on avait voulu les confondre.

D’autres théologiens de meilleure foi, mais aussi dangereux,se joignaient à ces premiers par d’autres motifs. Quoique la re-ligion soit uniquement destinée à régler nos mœurs et notre foi,ils la croyaient faite pour nous éclairer aussi sur le système dumonde, c’est-à-dire , sur ces matières que le Tout-Puissant aexpressément abandonnées à nos disputes. Us ne faisaient pasréflexion que les livres sacrés et les ouvrages des Pères , faitspour montrer au peuple comme aux philosophes ce qu’il fautpratiquer et croire , ne devaient point sur les questions indiffé-rentes parler un autre langage que le peuple. Cependant ledespotisme théologique ou le préjugé l’emporta. Un tribunaldevenu puissant dans le midi de l’Europe, dans les Indes , dansle Nouveau-Monde, mais que la foi n’ordonne point de croire ,