DE L’ENCYCLOPÉDIE. 65
l’aveu en plusieurs endroits du prospectus , nous y revenons en-core , et nous ne manquerons aucune occasion de le répéter.Cependant nous n’avons pas cru devoir suivre de point en pointle grand homme que nous reconnaissons ici pour notre maître.Si nous n’avons pas placé, comme lui, la raison après l’imagi-nation , c’est que nous avons suivi dans le système encyclopé-dique l’ordre métaphysique des opérations de l’esprit, plutôtque l’ordre historique de ses progrès depuis la renaissance deslettres ; ordre que l’illustre chancelier d’Angleterre avait peut-être en vue jusqu’à un certain point, lorsqu’il faisait, comme ille dit, le cens et le dénombrement des connaissances humaines.D’ailleurs le plan de Bacon étant différent du nôtre , et lessciences ayant fait depuis de grands progrès,'on ne doit pasêtre surpris que nous ayons pris quelquefois une route différente.
Ainsi, outre les changemens que nous avons faits dans l’ordrede la distribution générale , et dont nous avons déjà exposé lesraisons, nous avons à certains égards poussé les divisions plusloin , surtout dans la partie de mathématique et de physiqueparticulière; d’un autre côté , nous nous sommes abstenus d’é-tendre au même point que lui, la division de certaines sciencesdont il suit jusqu’aux derniers rameaux. Ces rameaux qui doi-vent proprement entrer dans le corps de notre encyclopédie,n’auraient fait , à ce que nous croyons, que charger assez inu-tilement le système général. On trouvera immédiatement aprèsnotre arbre encyclopédique celui du philosophe anglais; c’est lemoyen le plus court et le plus facile de faire distinguer ce quinous appartient d’avec ce que nous avons emprunté de lui.
Au chancelier Bacon succéda l’illustre Descartes. Cet hommerare dont la fortune a tant varié en moins d’un siècle, avaittout ce qu’il fallait pour changer la face de la philosophie ; uneimagination forte, un esprit très-conséquent, des connaissancespuisées dans lui-même plus que dans les livres, beaucoup decourage pour combattre les préjugés les plus généralement reçus,et aucune espèce de dépendance qui le forçât à les ménager.Aussi éprouva-t-il de son vivant même ce qui arrive pour l’or-dinaire à tout homme qui prend un ascendant trop marqué surles autres. Il fit quelques enthousiastes, et eut beaucoup d’en-nemis. Soit qu’il connût sa nation ou qu’il s’en défiât seulement,il s était réfugié dans un pays entièrement libre pour y méditerplus à son aise. Quoiqu’il pensât beaucoup moins à faire desdisciples qu’a les mériter, la persécution alla le chercher danssa retraite ; et la vie cachée qu’il menait ne put l’y soustraire.Malgré toute la sagacité qu’il avait employée pour prouver l’exis-tence de Dieu, il fut accusé de la nier par des ministres, quii. 5