DE L’ENCYCLOPÉDIE. 77
«liesse a été justifiée par le succès le plus général et le plus flat-teur. Mais, semblable à tous les écrivains originaux, il a laissebien loin derrière lui ceux qui ont cru pouvoir l’iiuiter.
L’auteur de Yhistoire naturelle a suivi une route toute diffé-rente. Rival de Platon et de Lucrèce, il a répandu dans sonouvrage, dont la réputation croît de jour en jour, cette noblesseet cette élévation de style qui sont si propres aux matières phi-losophiques , et qui dans les écrits du sage doivent être la pein-ture de son âme.
Cependant la philosophie, en songeant à plaire, paraîtn’avoir pas oublié qu’elle est principalement faite pour instruire ;c’est par cette raison que le goût des systèmes, plus propre àflatter l’imagination qu’à éclairer la raison , est aujourd’hui pres-que absolument banni des bons ouvrages. Un de nos meilleursphilosophes , l’abbé de Condillac, semble lui avoir porté les der-niers coups. L’esprit d’hypothèse et de conjecture pouvait être au-trefois fort utile, et avait même été nécessaire pour la renaissancedelà philosophie , parce qu’alorsil s’agissait encore moins de bienpenser que d’apprendre à penser par soi-même. Mais les tempssont changés , et un écrivain qui ferait parmi nous l’éloge dessystèmes viendrait trop tard. Les avantages que cet esprit peutprocurer maintenant sont en trop petit nombre pour balancerles inconvéniens qui en résultent ; et si on prétend prouverl’utilité des systèmes par un très-petit nombre de découvertesqu’ils ont occasionées autrefois, on pourrait de même conseillerà nos géomètres de s’appliquera la quadrature du cercle, parceque les efforts de plusieurs mathématiciens pour la trouver,nous ont produit quelques théorèmes. L’esprit de système estdans la physique ce que la métaphysique est dans la géométrie.S’il est quelquefois nécessaire pour nous mettre dans le cheminde la vérité , il est presque toujours incapable de nous y con-duire par lui-même. Eclairé par l’observation de la nature, ilpeut entrevoir les causes des phénomènes ; mais c’est au calculà assurer , pour ainsi dire, l’existence de ces causes, en déter-minant exactement les effets qu’elles peuvent produire, et encomparant ces effets avec ceux que l’expérience nous découvre.Toute hypothèse, dénuée d’un tel secours, acquiert rarement *ce degré de certitude qu’on doit toujours chercher dans lessciences naturelles, et qui néanmoins se trouve si peu dans cesconjectures frivoles qu’on honore du nom de sj'sthnes. S’il 11epouvait y en avoir que de cette espèce, le principal méritedu physicien serait, à proprement parler, d’avoir l’esprit desystème et de n’en faire jamais. A l’égard de l’usage dans les autressciences, mille expériences prouvent combien il est dangereux.