DE L’ENCYCLOPÉDIE. 8 (
losoplie, dans un discours destiné principalement à l’éloge desgrands hommes. Son mérite, dont il a forcé notre siècle à con-venir, ne sera bien connu que quand le temps aura fait tairel’envie; et son nom, cher à la partie de notre nation la pluséclairée, ne peut blesser ici personne. Mais dùt-il déplaire àquelques prétendus Mécènes, un philosophe serait bien à plain-dre , si même en matière de sciences et de goût, il ne se per-mettait pas de dire la vérité.
Voilà lesbiens que nous possédons. Quelle idée ne se formera-t-on pas de nos trésors littéraires, si l’on joint aux ouvrages detant de grands hommes les travaux de toutes les compagnies sa-vantes , destinées à maintenir le goût des sciences et des lettres ,et à qui nous devons tant d’excellens livres ! De pareilles sociétésne peuvent manquer de produire dans un Etat de grands avanta-ges, pourvu qu’en les multipliant à l’excès, on n’en facilitepoint l’entrée à un trop grand nombre de gens médiocres; qu’onen bannisse toute inégalité propre à éloigner ou à rebuter deshommes faits pour éclairer les autres ; qu’on n’y connaisse d’au-tre supériorité que celle du génie; que la considération y soitle prix du travail ; enfin que les récompenses y viennent cher- .cher les talens, et ne leur soient point enlevées par l’intrigue.Car il ne faut pas s’y tromper : on nuit plus aux progrès de l’es-prit en plaçant malles récompenses qu’en les supprimant. Avouonsmême, à l’honneur des lettres, que les savans n’ont pas toujoursbesoin d’être récompensés pour se multiplier. Témoin l’Angle-terre , à qui les sciences doivent tant, sans que le gouvernementfasse rien pour elles. Il est vrai que la nation les considère, qu’elleles respecte même; et cette espèce de récompense, supérieureà toutes les autres , est sans doute le moyen le plus sûr de fairefleurir les sciences et les arts ; parce que c’est le gouvernementqui donne les places , et le public qui distribue l’estime. L’a-mour des lettres, qui est un mérite chez nos voisins, n’est en-core à la vérité qu’une mode parmi nous, et ne sera peut-êtrejamais autre chose ; mais quelque dangereuse que soit cettemode , qui, pour un Mécène éclairé, produit cent amateursignorans et orgueilleux, peut-être lui sommes-nous redevablesde n’être pas encore tombés dans la barbarie où une foule decirconstances tendent à nous précipiter.
On peut regarder comme une des principales, cet amour dufaux bel esprit, qui protège l’ignorance, qui s’en fait honneur,et qui la répandra universellement tôt ou tard. Elle sera le fruitet le terme du mauvais goût ; j’ajoute qu’elle en sera le remède.Car tout a des révolutions réglées , et l’obscurité se terminera parun nouveau siècle de lumière. Nous serons plus frappés du grand