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Tome premier.
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8a DISCOURS PRÉLIMINAIRE

jour après avoir ôté quelque temps dans les ténèbres. Elles serontcomme une espèce d’anarchie très-funeste par elle-même , maisquelquefois utile par ses suites. Gardons-nous pourtant de souhai-ter une révolution si redoutable; la barbarie dure des siècles, ilsemble que ce soit notre élément : la raison et le bon goût ne fontque passer.

Ce serait peut-être ici le lieu de repousser les traits qu’un écri-vain éloquent et philosophe (i) a lancés depuis peu contre lessciences et les arts, en les accusant de corrompre les mœurs. Ilnous siérait mal d’être de son sentiment à la tête d’un ouvrage telque celui-ci ; l’homme de mérite dont nous parlons, semble avoirdonné son suffrage à notre travail par le zèle et le succès avec le-quel il y a concouru. Nous ne lui reprocherons point d’avoir con-fondu la culture de l’esprit avec l’abus qu’on en peut faire ; il nousrépondra sans doute que cet abus en est inséparable : mais nousle prierons d’examiner si la plupart des maux qu’il attribue auxsciences et aux arts ne sont point dus à des causes toutes diffé-rentes , dont l’énumération serait ici aussi longue que délicate.Les lettres contribuent certainement à rendre la société plus ai-mable ; il serait difficile de prouver que les hommes en sontmeilleurs , et la vertu plus commune : mais c’est un privilègequ’on peut disputer à la morale même. Et pour dire encore plus ,faudra-t-il proscrire les lois parce que leur nom sert d’abri àquelques crimes, dont les auteurs seraient punis dans une répu-blique de sauvages ? Enfin, quand nous ferions ici au désavan-tage des connaissances humaines un aveu dont nous sommes bienéloignés, nous le sommes encore plus de croire qu’on gagnât àles détruire : les vices nous resteraient, et nous aurions l’igno-rance de plus.

Finissons cette histoire des sciences , en remarquant que lesdifférentes formes de gouvernement qui influent tant sur lesesprits et sur la culture des lettres, déterminent aussi les espècesde connaissances qui doivent principalement y fleurir, et dontchacune a son mérite particulier. 11 doit y avoir en général dansune république plus d’orateurs , d’historiens et de philosophes,et dans une monarchie , plus de poètes , de théologiens et degéomètres. Cette règle n’est pourtant pas si absolue, qu’ellene puisse être altérée et modifiée par une infinité de causes.

Après les réflexions et les vues générales que nous avons crudevoir placer à la tête de cette Encyclopédie , il est temps enfin

(i) Rousseau, (le Genève, auteur de la partie de l’Encyclopédie qui con-cerne la musique, a composé un discours très-éloquent, pour prouver gucle rétablissement des sciences et des arts a corrompu les mœurs.