84 DISCOURS PRÉLIMINAIRE .
essentiellement d’exposer en raccourci ce que notre siècle ajoutede lumières à celles des siècles précédens ; d’apprendre à sepasser des originaux, et d’arracher par conséquent ces épinesque nos adversaires voudraient qu’on laissât? Combien de lec-tures inutiles dont nous serions dispensés par de bons extraits !
Nous avons donc cru qu’il importait d’avoir un dictionnairequ’on pût consulter sur toutes les matières des arts et dessciences, et qui servît autant à guider ceux qui se sentent lecourage de travailler à l’instruction des autres, qu’à éclairerceux qui ne s’instruisent que pour eux-mêmes.
Jusqu’ici personne n’avait conçu un ouvrage aussi grand, oudu moins personne ne l’avait exécuté. Leibnitz , de tous lessavans le plus capable d’en sentir les difficultés, désirait qu’onles surmontât. Cependant on avait des encyclopédies , et Leib-nitz ne l’ignorait pas, lorsqu’il en demandait une.
La plupart de ces ouvrages parurent avant le siècle dernier ,et ne furent pas tout-à-fait méprisés. On trouva que s’ils n’an-nonçaient pas beaucoup de génie , ils marquaient au moins dutravail et des connaissances. Mais que serait-ce pour nous queces encyclopédies? quel progrès n’a-t-on pas fait depuis dans lessciences et dans les arts ? combien de vérités découvertes aujour-d’hui , qu’on n’entrevoyait pas alors ?La vraie philosophieétaitauberceau ; la géométrie de l’infini n’était pas encore ; la physiqueexpérimentale se montrait à peine ; il n’y avait point de dialec-tique ; les lois de la saine critique étaient entièrement ignorées.Les auteurs célèbres en tout genre dont nous avons parlé dansce discours, et leurs illustres disciples , ou n’existaient pas, oun’avaient pas écrit. L’esprit de recherche et d’émulation n’ani-mait pas les savans; un autre esprit moins fécond peut-être,mais plus rare, celui de justesse et de méthode, ne s’était pointsoumis les différentes parties de la littérature ; et les académies,dont les travaux ont porté si loin les sciences et les arts, n’étaientpas instituées.
Si les découvertes des grands hommes et des compagnies sa-vantes dont nous venons de parler offrirent dans la suite depuissans secours pour former un dictionnaire encyclopédique; ilfaut avouer aussi que l’augmentation prodigieuse des matièresrendit à d’autres égards un tel ouvrage beaucoup plus difficile.Mais ce n’est point à nous à juger si les successeurs des premiersencyclopédistes ont été hardis ou présomptueux ; et nous les lais-serions tous jouir de leur réputation , sans en excepter EphraïmChambers le plus connu d’entre eux, si nous n’avions des raisonsparticulières de peser le mérite de celui-ci.
L’encyclopédie de Chambers dont on a publié à Londres un