88 DISCOURS PRÉLIMINAIRE
qui ont mieux aimé se charger de la revoir , de la corriger ,de l’augmenter, que de s’engager, sans avoir, pour ainsi dire ,aucuns matériaux préparatoires. Il est vrai qu’une grande partiede ces matériaux leur a été inutile, mais du moins elle a servià leur faire entreprendre plus volontiers le travail qu’on espé-rait d’eux; travail auquel plusieurs se seraient peut-être refusé,s’ils avaient prévu ce qu’il devait leur coûter de soins. D’unautre côté, quelques uns de ces savans , en possession de leurpartie long-temps avant que nous fussions éditeurs, l’avaientdéjà fort avancée en suivant l’ancien projet de l’ordre alpha-bétique. 11 nous eût par conséquent été impossible de changerce projet, ïjuand même nous aurions été moins disposés à l'ap-prouver. Nous savions enfin , ou du moins nous avons lieu decroire , qu’on n’avait fait à l’auteur anglais, notre modèle, au-cunes difficultés sur l’ordr® alphabétique auquel il s’était assujéti.Tout se réunissait donc pour nous obliger à rendre cet ouvrageconforme à un plan que nous aurions suivi par choix , si nousen eussions été les maîtres.
La seule opération dans notre travail qui suppose quelqueintelligence, consiste à remplir les vides qui séparent deuxsciences ou deux arts, et à renouer la chaîne dans les occasionsoù nos collègues se sont reposés les uns sur les autres de certainsarticles, qui, paraissant appartenir également à plusieurs d’entreeux, n’ont été faits par aucun. Mais afin que la personne char-gée d’une partie ne soit point comptable des fautes qui pour-raient se glisser dans des morceaux sur-ajoutés, nous auronsl’attention de distinguer ces monceaux par une étoile. Noustiendrons exactement la parole que nous avons donnée ; le tra-vail d’autrui sera sacré pour nous, et nous ne manquerons pasde consulter l’auteur, s’il arrive dans le cours de l’édition queson ouvrage nous paraisse demander quelque changement con-sidérable.
Les différentes mains que nous avons employées ont apposé àchaque article comme le sceau de leur style particulier, ainsique celui du style propre à la matière et à l’objet d’une partie.Un procédé de chimie ne sera point du même ton que la des-cription des bains et des théâtres anciens ; ni la manœuvre d’unserrurier, exposée comme les recherches d’un théologien sur unpoint de dogme ou de discipline. Chaque chose a son coloris , etce serait confondre les genres que de les réduire à une certaineuniformité. La pureté du style, la clarté et la précision, sontles seules qualités qui puissent être communes à tous les articles,et nous espérons qu’on les y remarquera. S’en permettre davan-tage, ce serait s’exposer à la monotonie et au dégoût qui sont in-