DE L’ENCYCLOPÉDIE. 89
séparables des ouvrages étendus, et que l’extrême variété desmatières doit écarter de celui-ci.
Nous en avons dit assez pour instruire le public de la natured’une entreprise à laquelle il a paru s’intéresser ; des avantagesgénéraux qui en résulteront, si elle est bien exécutée ; du bon oudu mauvais succès de ceux qui l’ont tentée avant nous ; de l’é-tendue de son objet; de l’ordre auquel nous nous sommes assu-jétis; de la distribution qu’on a faite de chaque partie, et de nosfonctions d’éditeurs. Nous allons maintenant passer aux princi-paux détails de l’exécution.
Toute la matière de l’Encyclopédie peut se réduire à trois chefs :les sciences, les arts libéraux, et les arts mécaniques. Nouscommencerons parce qui concerne les sciences et les arts libé-raux; et nous finirons par les arts mécaniques.
On a beaucoup écrit sur les sciences. Les traités sur les artslibéraux se sont multipliés sans nombre, la république des lettresen est inondée. Mais combien peu donnent les vrais principes?combien d’autres les noient dans une affluence de paroles, ou lesperdent dans des ténèbres affectées ? combien dont l’autoritéen impose, et chez qui une erreur placée à côté d’une vérité , oudécrédite celle-ci, ou s’accrédite elle-même à la faveur de cevoisinage ? On eût mieux fait sans doute d’écrire moins et d’é-crire mieux.
Entre tous les écrivains, on a donné la préférence à ceux quisont généralement reconnus pour les meilleurs. C’est de là queles principes ont été tirés. A leur exposition claire et précise ,on a joint, des exemples ou des autorités constamment reçus.La coutume vulgaire est de renvoyer aux sources, ou de citerd’une manière vague, souvent infidèle et presque toujoursconfuse , en sorte que dans les différentes parties dont un articleest composé , on ne sait exactement quel auteur on doit consul-ter sur tel point, ou s’il faut les consulter tous, ce qui rend lavérification longue et pénible. On s’est attaché, autant qu’il aété possible, à éviter cet inconvénient, en citant dans le corpsmeme des articles les auteurs sur le témoignage desquels ons est appuyé , rapportant leur propre texte quand il est néces-saire, comparant partout les opinions, balançant les raisons,proposant des moyens de douter ou de sortir de doute; décidantmeme quelquefois, détruisant autant qu’il est en nous les er-reurs, et les préjugés , et tâchant surtout de ne les pas multiplieret de ne les point perpétuer , en protégeant sans examen dessentimens rejetés, ou en proscrivant sans raisons des opinionsreçues. Nous n’avons pas craint de nous étendre quand l’intérêtde la vérité et l’importance de la matière le demandaient, sa-