DE PHILOSOPHIE. 129
portance et à la sublimité de l’objet. C’est donc à la raison à éta-blir en ce genre les règles de critique qui serviront à écarter lespreuves faibles, à distinguer celles qui pourraient être commu-nes à toutes les religions d’avec celles qui 11e sont propres qu’àla seule vraie, à donner enfin aux véritables preuves toute la lu-mière dont, elles sont susceptibles. Ainsi la foi rentre par cemoyen dans le domaine de la philosophie, mais c’est pourjouir d’un'triomphe plus assuré.
Trois grands appuis font la base du christianisme; les pro-phéties, les miracles, et les martyrs. La philosophie détermine laqualité que ces appuis doivent avoir pour être inébranlables.Elle borne les prophéties à deux conditions essentielles, celled’avoir précédé indubitablement les faits prédits, et celle de lesannoncer avec une clarté qui ne permette pas de se méprendresur l’accomplissement. Elle prouve qu’il ne peut y avoir de vraismiracles que dans la seule religion véritable; elle donne lesmoyens d’apprécier , soit en les expliquant, soit en les niant, lesprétendus prodiges dont les fausses religions s’appuient. Enfin lesage qui 11’ignore pas que l’erreur a ses martyrs, remarque enmême temps que l’avantage de la vérité doit être d’en avoir unplus grand nombre ; ainsi pour distinguer ceux qui ont donnéleur vie par conviction de ceux qui l’ont prodiguée par fanatisme ,il n’établit point d’autre règle que celle de compter les suffrages.
Sur ces différens objets, le philosophe se contente d’établir lesprincipes , et en laisse aux théologiens l’usage et l’application ;ce détail serait étranger à des élémens de philosophie qui ne doi-vent contenir que des germes de vérités premières , sans mélangeet sans controverse; les preuves de la religion ont d’ailleurs étédéveloppées par un si grand nombre d’écrivains, que les lumièresde la philosophie semblent n’avoir plus rien à y ajouter, et quede nouveaux écrits sur ce sujet seraient plus louables que né-cessaires.
Mais un objet qui intéresse et qui regarde particulièrement lephilosophe, c’est de distinguer avec soin les vérités de la foid’avec celles de la raison , et de fixer les limites qui les séparent.Faute d’avoir fait cette distinction si nécessaire , d’un côté quel-ques grands génies sont tombés dans l’erreur , de l’autre les dé-fenseurs de la religion ont quelquefois supposé trop légèrementqu’on lui portait atteinte. Cette discussion nous écarterait tropde notre sujet, et mérite par son importance d’être la matièred’un écrit particulier.
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