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Tome premier.
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148 ÉLÉMENS

sage à pénétrer ses vues. Aussi, tandis que les autres hommes sebornent aux sentimensque la nature leur a donnés pour leurs sem-blables , le sage cherche et aperçoit l’union intime de ces senti-mens avec son intérêt propre ; il la découvre à ces mêmes hommesqui ne la voyaient pas, et affermit par là les liens qui les unissent.

Il porte une analyse semblable dans les vérités de sentimentqui ont rapport aux matières de goût. Eclairé par une métaphy-sique subtile et profonde, il distingue les principes de goût gé-néraux et communs à tous les peuples, d’avec ceux qui sont mo-difiés par le caractère, le génie , le degré de sensibilité des nationsou des individus; il démêle par ce moyen le beau essentiel d’a-vec le beau de convention ; également éloigné d’une décision ma-chinale et sans principes, et d’une discussion trop subtile , il nepousse l’analyse du sentiment que jusqu'où elle doit aller, et nela resserre point non plus trop en deçà du champ qu’elle peutse permettre ; il étudie son impression, s’en rend compte à lui-même et aux autres, et quand il a mis , si on peut parler de lasorte , son plaisir d’accord avec la raison, il plaint sans orgueilet sans chercher à les convaincre , ceux qui ont reçu , soit de lanature, soit de l’habitude, une autre façon de sentir.

Puisque la philosophie embrasse tout ce qui est du ressort dela raison, et que la raison étend plus ou moins son empire surtous les objets de nos connaissances naturelles , il s’ensuit qu’onne doit exclure des élémens de philosophie qu’un seul genre deconnaissances, celles qui tiennent à la religion révélée • Elles sontabsolument étrangères aux sciences humaines par leur objet,parleur caractère, par l’espèce même de conviction qu’elles pro-duisent en nous. Plus faites, comme l’a remarqué Pascal , pourle cœur que pour l’esprit, elles ne répandent la lumière vive quileur est propre que dans une âme déjà préparée par l’opérationdivine ; la foi est une espèce de sixième sens que le Créateur ac-corde on refuse à son gré ; et autant que les vérités sublimes de lareligion sont élevées au-dessus des vérités arides et spéculativesdes sciences humaines, autant le sens intérieur et surnaturelpar lequel des hommes choisis saisissent ces premières vérités,est au-dessus du sens grossier et vulgaire par lequel tout hommeaperçoit les secondes.

Mais si la philosophie doit s’abstenir de porter une vue sacri-lège sur les objets de la révélation , elle peut et elle doit mêmediscuter les motifs de notre croyance. Eu effet , les principes dela foi sont les mêmes que ceux qui servent de fondement à lacertitude historique ; avec cette différence que dans les matièresde religion, les témoignages qui en font la base doivent avoir undegré d’étendue , d’évidence et de force , proportionné à l’im-