DE PHILOSOPHIE. i33
l’objet qui en décide ; et cette simplicité n’est pas déterminée parle petit nombre des parties de l’objet, mais par celui des pro-priétés qu’on y considère. Ainsi, quoique l’espace soit composede parties , et par conséquent ne soit pas un être simple, cepen-dant l’idée que nous en avons est une idée simple, parce quetoutes les parties de l’espace étant de même genre , les idéespartielles que renferme l’idée de l’espace sont aussi entière-ment semblables. Il en est de même de l’idée du temps. Maisl’idée de corps est composée, parce qu’elle renferme les idéesdifférentes et séparables d’impénétrabilité , de figure et d’é-tendue.
Les idées simples peuvent se réduire à deux espèces. Les pre-mières sont des notions abstraites ; l’abstraction en effet n’estautre chose que l’opération par laquelle nous considérons dansun objet une propriété particulière , sans faire attention aux au-tres ; telles sont les idées déjà citées d’étendue et de durée ; tellessont encore celles d’existence , de sensation, et d’autres sembla-bles. La seconde espèce d’idées simples renferme les idées primi-tives que nous acquérons par nos sens, comme celles des couleursparticulières, du froid, du chaud, et ainsi du reste.
On ne saurait mieux rendre les idées simples que parle termequi les exprime ; une définition ne ferait que les obscurcir. Maistoutes les notions qui renferment plusieurs idées simples doiventêtre définies , ne fùt-ce que pour développer ces idées. Ainsidans la mécanique on ne définira ni l’espace, ni le temps; maisle mouvement doit être défini, parce que l’idée du mouvementrenferme celle du temps et de l’espace.
Les idées simples qui entrent dans une définition doivent êtretellement distinctes l’une de l’autre, qu’on ne puisse en retran-cher aucune sans rendre la définition incomplète. C’est à quoi onne saurait apporter trop d’attention, pour ne pas faire regardercomme deux idées distinctes ce qui n’est individuellement quela même. Suivant ce principe , une définition sera d’autant plusclaire, tout le reste d’ailleurs égal, qu’elle sera plus courte; onpeut même, pour l’abréger encore , y faire entrer des idées com-posées , pourvu qu’elles aient été définies. En tout genre labrièveté bien entendue sert plus qu’on ne pense à la clarté; ellene diffère point de la précision qui consiste à n’employer queles idées nécessaires , à les disposer dans l’ordre convenable, età les exprimer par les termes qui leur sont propres.
La plupart des philosophes ont prétendu que les définitionsavaient pour objet d’expliquer la nature de la chose définie.Cette notion , si on veut y attacher quelque sens, retombe dans«elle que nous avons donnée , et qui nous parait beaucoup moins