I
DE PHILOSOPHIE. i3 9
tronc, des branches, des feuilles , je forme l’idée d’ arbre, plusabstraite que celle de cerisier. De là, je compare le cerisier àquelqu’autre corps , comme à du marbre ; je vois qu’il y aencore entre eux quelque chose de commun , savoir d’êtreétendus, impénétrables, et bornés en tous sens ; j’en forme unenouvelle idée plus abstraite que les deux premières, l’idée decorps. Cette nouvelle idée étant encore composée de trois autres,étendue, impénétrabilité et bornes en tous sens, j’en sépare l’i-dée d’ impénétrabilité , il me reste celle d’une étendue, bornée entous sens , d’où je me forme l’idée abstraite de figure ; de cettedernière idée je sépare encore celle de bornes, il me restel’idée abstraite S'étendue. J’aurais pu encore parvenir à cetteidée abstraite par une autre route, en décomposant autre-ment l’idée de corps y car si des trois idées que l’idée de corpsrenferme, j’en eusse séparé d’abord l’idée de bornes en tous sens,il me serait resté l’idée d’étendue impénétrable , c’est-à-dire dematière, etsi de l’idée de matière]e sépare ensuite l’idée d'impéné-trabilité , je parviens de même à l’idée abstraite d'étendue. Cetteidée d 'étendue ne peut plus être décomposée, elle n’en renfermepoint d’autre qu’elle-même, et à cet égard elle peut être regardéecomme une idée abstraite simple , et les idées abstraites d’où ellea été déduite , comme des idées composées , qui le sont plus oumoins à proportion du nombre des idées simples qu’elles renfer-ment.
Toutes ces idées abstraites , composées de deux ou de plu-sieurs idées simples , ont besoin d’être définies ; il n’y a que celled'étendue , et en général les idées abstraites simples qui n’enont pas besoin , et qu’une définition ne ferait qu’obscurcir.
Avant que d’aller plus loin, remarquons, d’après le détailmême où nous venons d’entrer , qu’il y a dans les langues bienplus de mots qu’on ne croit, qui expriment des idées abstraites;de ce nombre sont tous les mots dont ou se sert pour exprimerune qualité ou une manière d’être qui est commune à plusieursindividus, et qui peut être différemment modifiée dans chacunde ces diiférens individus. Plus la qualité ou la manière d’êtrequ’on exprime est commune à un grand nombre d’individus,plus l’idée qui l’exprime est abstraite ; ainsi arbre exprime uneidée moins abstraite que plante , plante que végétal, végétalque corps , corps tpi'étendue. Par la même raison les motssouffrir , sentir , exister expriment par degrés des idées plus abs-traites les unes que les autres.
Nous venons de dire que les idées abstraites simples, qui nepeuvent ni ne doivent, être définies, sont celles qn’on ne peutdécomposer en d’autres. Mais quoiqu’on ne puisse les décompo-