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Tome premier.
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158
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158 ÉLÉMENS

Les premières peuvent se réduire à la physique et à l’histoire,les autres à la médecine, à la jurisprudence et à la science dumonde; j’entends ici par la science du monde , l’art de se con-duire avec les hommes pour tirer de leur commerce le plus grandavantage possible, sans s’écarter néanmoins des obligations quela morale impose à leur égard.

Parcourons successivement ces différentes sciences, et voyonsdans chacune en quoi consiste l’art de conjecturer, relativementà leurs diflërens objets.

En physique l’art de conjecturer peut avoir pour but, ou detrouver la cause des faits que l’expérience et l’observation nousdécouvrent, ou de nous conduire à la découverte de nouveauxfaits qui ajoutent quelques degrés de perfection aux connaissancesque nous avons sur les phénomènes de la nature. C’est en rem-plissant ce dernier objet que l’art de conjecturer en physiquepeut avoir l’utilité la plus réelle et la plus sensible. On sera d’au-tant plus en état d’y parvenir, qu’on aura une connaissance plusétendue des faits déjà découverts. En rapprochant les uns desautres ceux de ces faits qui ont entre eux quelque chose de com-mun , quelque analogie plus ou moins facile à apercevoir, on envient à soupçonner les phénomènes qui pourraient résulter dequelque combinaison nouvelle ; et la conjecture se change en dé-monstration , quand l’expérience confirme ce qu’on avait soup-çonné.

II semble que cet art de conjecturer dans la physique devraiten étendre très-rapidement les bornes. La multitude des phé-nomènes connus, les rapports qu’ils ont entre eux, les nouvellescombinaisons qu’on peut faire pour généraliser ces rapports oupour les restreindre, tout cela paraîtrait devoir enrichir prodi-gieusement de jour en jour la masse de nos connaissances physi-ques.- Mais soit négligence de la part des philosophes, soit fatalitéattachée au progrès des connaissances humaines pour le ralentir,il s’est écoulé des siècles entre les découvertes qui semblaienlavoirle plus d’analogie. L’art de frapper les monnaies et les médaillesa été connu des anciens ; ceux de la gravure et de l’imprimerie,qui paraissent y toucher, ne le sont que depuis trois cents ans.Toutes les histoires anciennes sont pleines de phénomènes de l’e-lectricité et de l’aurore boréale ; ce n’est que depuis peu que lesphysiciens ont donné une attention suivie à ces phénomènes,regardés jusque-là comme des espèces de prodiges que racontaitla crédulité des historiens. La direction de l’aimant vers le norda été connue plus d’un siècle avant qu’on songeât à faire usagede la boussole. Les anciens se servaient de sphères de verre rem-plies d’eau pour augmenter le feu et la lumière, soit quand ils