DE PHILOSOPHIE. i5g
voulaient brûler certains corps, soit quand ils avaient à fairecertains ouvrages qui demandaient que l’objet sur lequel ils tra-vaillaient fut bien éclairé; ils s’étaient même aperçus (i) qu’uneboule de verre pleine d’eau grossissait les objets ; comment n’ont-ils pas fait plus d’usage en physique de ces sortes de microscopes,formés d’une petite boule de verre pleine d’eau, qui grossit assezconsidérablement les corps placés à son foyer? comment de plusne leur est-il pas venu en idée d’employer des verres lenticu-laires au lieu de sphères ? Ces verres si utiles pour aider la vue ,n’ont pourtant commencé d’être en usage qu’à la fin du treizièmesiècle. Mais, ce qui est peut-être plus extraordinaire , comments’est-il écoulé trois siècles entiers entre l’invention des lunettessimples à un seul verre, et celle des lunettes à deux verres? Ilsemble pourtant que cette nouvelle combinaison était bien facileà imaginer, et qu’il était bien naturel d’essayer ce qui en résul-terait, sans attendre que le hasard en fournît l’occasion. Combiend’autres exemples pourrions-nous apporter de la lenteur avec la-quelle les découvertes se suivent, lors même qu’elles semblentavoir entre elles une connexion nécessaire ?
L’analogie, c’est-à-dire la ressemblance plus ou moins grandedes faits, le rapport plus ou moins sensible qu’ils ont entre eux ,est donc l’unique règle des physiciens, soit pour expliquer lesfaits connus , soit pour en découvrir de nouveaux. Mais en mêmetemps, que de précautions ne doivent-ils pas apporter dans l’ap-plication de cette règle, si sujette à les tromper, soit par desressemblances qui ne sont qu’apparentes, soit par des différencesqu’on découvre avec le temps aux phénomènes qui paraissaientle plus parfaitement semblables?
Les planètes semblent être des corps opaques, analogues à laterre que nous habitons ; en faut-il conclure qu’elles sont habi-tées comme notre terre? Sans parler des difficultés théologiquesqu’on oppose à cette conséquence ( difficultés auxquelles la phi-losophie ne touche point), la ressemblance des planètes à la terreest-elle aussi parfaite que nous l’imaginons? On doute beaucoupque la lune , celle de toutes les planètes dont nous connaissons lemieux la surface, ait une atmosphère semblable à celle du globeterrestre ; dès lors voilà un point essentiel de ressemblance quimanquerait à ces deux corps, et qui infirmerait toutes les consé-quences qu’on pourrait tirer de cette ressemblance prétendue. Cen’est pas tout. Supposons les planètes habitées ; pourquoi les co-mètes ne le seraient-elles pas aussi? car ces comètes sont aussielles-memes des planètes, comme l’astronomie moderne l’a dé-montré. Mais comment concevoir que la comète de iü8o , pour
(i) SÉJTÈQUE, Quest. uat. chap. G.