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Tome premier.
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DE PHILOSOPHIE. 167

merveilleux Je la pharmacie , et qui prouve à quel point leseffets en sont certains et déterminés. Aussi les plus habiles et lesplus éclairés de nos médecins font-ils de toute cette pharmaciele cas et l’usage qu’elle mérite ; c’est sans doute en ce sens qu’ona dit et avec grande raison , que le médecin le plus digne d’êtreconsulté , était celui qui croyait le moins à la médecine.

Et comment les médecins s’accorderaient-ils sur les remèdes !Ils ne s’accordent pas sur les faits les plus importans ; par exemplesur la question, si on peut avoir deux fois la petite vérole (1), et surbeaucoup d’autres semblables? Mais en voilà assez sur l’incerti-tude de cet art ou de cette science , comme on voudra l’appeler.

Si l’art de conjecturer est la ressource presque unique de lamédecine , malgré l’importance de l’objet, cet art est souventforcé de s’exercer en jurisprudence sur des sujets qui ne sontguère moins intéressans, la fortune, l’honneur, l’état, la libertéet quelquefois même la vie des hommes. Cette science a pour-tant uu avantage que la médecine a rarement, celui d’avoir desprincipes fixes et décidés, quoique souvent arbitraires dans leurinstitution. Ces principes sont les lois de chaque État, qui nepeuvent être changées que par une volonté expresse de ceux quigouvernent. En médecine, les deux choses qu’il importe de con-naître , sont souvent incertaines l’une et l’autre , le mal et le re-mède ; en jurisprudence , le remède est toujours donné par laloi , le genre du mal seul peut être équivoque. L’art de conjec-turer se réduit donc à bien déterminer ce qui tombe dans le casde la loi : il y a même des États, et ce ne sont pas les moinssages , où cette question est la seule sur laquelle les juges pro-noncent ; c’est la loi qui ordonne le reste , et qui fait l’arrêt.

Le juge peut rencontrer deux espèces de difficultés à fixer cequi tombe dans le cas de la loi ; en premier lieu l’insuffisancedes preuves ; et en second lieu, lors même que les preuves sontincontestables , la différence réelle ou apparente du cas proposéà ceux que la loi a expressément prévus : car il est évidentqu’elle ne saurait tout prévoir. Quelquefois même les deux dif-ficultés se réunissent, et la décision en devient encore plus épi-neuse. Mais si le juge n’est que trop souvent obligé d’avoir recoursà la conjecture, au moins doit-il être d’autant plus réservé dansl’usage qu’il en fait, que l’objet est plus important, surtoutquand il s’agit de l’honneur et de la vie des hommes. J’avoueraià cette occasion que deux choses m’ont toujours fait peine dansnos lois criminelles françaises. La première , qu’il ne faille quedeux témoins pour condamner à mort un accusé ; cette loi sup-

(1) Voyez les Réflexions philosophiques et mathématiques sur l'applica-tion ilu Calcul îles Prolakiliiés a l'Inoculation.