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pose, ce me semble, qu’un honnête homme ne peut jamaisavoir deux ennemis (i). La seconde , que pour infliger la peinede mort, la pluralité de deux voix seulement soit suffisante :une pluralité si peu considérable n’est-elle pas une preuve quele crime n’est pas avéré ? et peut-on se résoudre à priver unhomme de la vie, quand son crime n’est pas aussi clair que lejour? Les auteurs d’une jurisprudence si sévère auraient-ilspris pour principe , qu’il est moins dangereux de punir un in-nocent que d’épargner un coupable? Principe dont la morale desEtals peut s’accommoder quelquefois, mais qui répugne à la na-ture , dont la loi parlait aux hommes avant qu’il y eût des États.
Il faut pourtant convenir que malgré cet inconvénient de noslois, peut-être inévitable (car je respecte la sagesse qui les adictées ), les innocens condamnés sont rares, grâce à la pénétra-tion et à la probité de nos juges. Mais il suffirait qu’il y en eûtun par siècle ( et par malheur le nombre en est plus grand ), pourfaire trembler le juge le plus éclairé et le plus intègre , quandil est forcé de prononcer la mort d’un accusé.
Je ne parle point d’un grand nombre d’autres reprochesqu’on est endroit de faire à la jurisprudence criminelle de toutesles nations. Osons dire seulement que chez la plupart des peu-ples de l’Europe, cette partie si importante de la législation estencore dans son enfance. On peut en voir la preuve dans l’ex-cellent Traité des délits et des peines, par M. Beccaria ( 2 ) ; ou-vrage que la philosophie et l’amour des hommes semblent avoirdicté, et qui mérite d’être, si je puis m’exprimer de la sorte,le bréviaire des souverains et des législateurs.
Venons à l’art de conjecturer en histoire. Cet art a pour basela solution d’une question dont l’usage s’étend au-delà de l’his-toire même ; solution qui peut être soumise à des règles, maisà des règles délicates dans l’application : je veux parler de laprobabilité des témoignages , et du degré de foi plus ou moinsgrand qu’on doit y ajouter.
(1) On prétend que cette loi est fondée sur le passage de l’Évangile, in oreduorum eut trium testium stnbit omne verhum. Je suis persuade, pourl’honneur de ceux qui ont présidé à nos lois, qu’ils n’ont jamais eu en vuecette application si forcée.
(2) Cet ouvrage , compose' en italien , a été traduit en français par un hommede lettres qui y a fait, dans l’ordre des matières, des changcmens approuveset adoptes pat l’auteur. L’inUrèt que nous prenons à cet excellent livre nousfait désirer que 1 auteur y donne tout le degré de perfection dont il est sus-ceptible j qu’il développe davantage ses idées sur certains articles impor-tans ; qu’il approfondisse encore plus certaines questions ; qu’il supprime lestermes scientifiques auxquels il pourra en substituer de plus connus et de plusà la portée de tout le inonde : la morale étant faite pour l’utilité générale,doit, autant qu’il est possible, parler le langage vulgaire.