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Tome premier.
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DE PHILOSOPHIE. i;î»

Il serait pourtant fâcheux, nous l’avouerons sans peine, quepour'réussir auprès des hommes, on en fût réduit à flatter sigrossièrement leur vanité. Si c’est un moyen sûr de tirer partid’eux, que de caresser leur amour-propre, c’est un moyen pé-nible pour l’amour-propre qui caresse celui des autres , et quisouffre plus ou moins du sacrifice qu’il fait par là de ses intérêts.Ajoutons même que ce moyen peut être avilissant pour le sage ,qui ne doit louer que ceux qu’il estime. Mais s’il n’est jamaisd’qccasion où il soit obligé d’encenser bassement la vanité d’au-trui , il en est encore moins où il se trouve forcé de la blesser. Ildoit donc au moins ménager ce sentiment dans ses semblables ,surtout quand il a quelque chose à attendre ou à désirer d’eux.Le plus sage, il est vrai, est celui qui n’attend et ne désire riendes hommes, au-delà des devoirs mutuels que la société imposeà tous ses membres. Mais d’un autre côté le sage a, comme lesautres, son amour-propre, souvent même d’autant plus vif,qu’il tâche de se cacher davantage. Cet amour-propre, s’il faitaux autres quelque blessure, s’expose infailliblement à en rece-voir de pareilles ; il essuie même des dégoûts, quand il ne cher-che pas à en donner; il doit donc au moins faire en sorte qu’ilssoient rares , et surtout qu’ils ne soient pas mérités.

Cette grande règle de conduite, de ménager l’amour-propredes autres, est si évidente par sa nature , et si facile dans l’ap-plication, qu’elle n’appartient même presque pas à Yart de con-jecturer, si ce n’est peut-être en certains cas particuliers , où re-lativement au caractère des hommes , ce qui blesserait l’amour-propre de l’un , flatterait l’amour-propre de l’autre. Mais ce quiexige bien davantage toutes les ressource de la conjecture, c’estla manière de nous conduire avec les hommes relativement à nosintérêts, soit pour empêcher qu’ils n’y nuisent, soit meme pourles y faire servir : ce qui suppose la connaissance des intérêtsqu’ils ont eux-mêmes , et des ressources qu’ils ont pour les fairevaloir; ressources qu’ils doivent puiser, soit dans leurs lalens ,soit dans leur caractère, soit enfin dans leur situation. Cette con-naissance ne peut s’acquérir que par le secours de l’expérience.De toutes les vérités que le commerce du monde nous apprendsur cette matière, la moins sujette à exception est celle-ci, qu’ilfaut sans cesse se défier des hommes, et user de la plus grandecirconspection en traitant avec eux : maxime aussi triste qu’im-portante , puisqu’elle nous met dans la nécessité de regarder nossemblables comme nos ennemis. Aussi, quoique tous les livresnous la répètent, quoique tous les instituteurs nous la crient,quoique l’expérience générale de tous ceux qui nous environnentnous en assure, la nature nous eu éloigne si fort, le besoin que