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d’autant moins à ces règles, qu’ils ont l’avantage d’e'tablir parce moyen la certitude des prodiges qui servent de preuve auchristianisme ; certitude qu’on ne peut contester.
Tels sont les principes généraux sur lesquels est appuyé l’artde conjecturer en matière d’histoire , et en général de faits et detémoignages. Venons à l’usage de cet art dans une autre science ,celle de se conduire avec les hommes. Dans cette science l’art deconjecturer n’a qu’un principe sûr, parmi beaucoup de règles^■“■incertaines. C’est que les hommes, si différens d’ailleurs en-tre eux par le caractère , par les opinions, par les passions quiles agitent, ont un sentiment sur lequel ils se ressemblent tous ,l’amour-propre , avec lequel on a toujours à traiter quand onvit avec eux. Un auteur moderne a dit que Yintérêt était le mo-bile de toutes les actions humaines. Si par intérêt, comme je lecrois, et comme il y a toute apparence, il a entendu l’amour denous-mêmes, non-seulement il a dit une chose bien vraie , il amême dit une vérité commune, qui a cependant été regardée(pour l’honneur de ce siècle philosophe) comme une absurditéscandaleuse. Ce seul principe de la morale, ne faites point àautrui ce que vous ne voudriez pas qui vous fut fait, n’établit-il pas l’amour de nous-mêmes pour règle et pour mesure decelui que nous devons à nos semblables ? En portant nos vuesplus haut , et nous élevant à une morale supérieure encoreà celle-là, s’il est possible, le principe le plus épuré de lavertu , est, si je ne me trompe, le désir d’être bien avec soi-même; et ce désir, qu’est-il autre chose qu’une suite de l’a-mour-propre bien entendu?
L’amour de nous-mêmes, guide quelquefois éclairé, plus sou-vent aveugle, est donc le grand ressort de l’humanité. Il faut bieuse dire que dans toutes leurs actions , tous leurs discours , toutesleurs pensées, tous leurs écrits même , les b vînmes n’ont qu’unrefrein perpétuel ; c’est celui de ce roi qui, entendant faire l’é-loge d’un autre monarque, disait tout bas : Et moi donc ? Lesplus adroits sont ceux qui font sonner le moins haut ce refreinsi naturel; mais ceux qui le disent le plus en secret, ne sontpas ceux qui le répètent le moins souvent, et avec le moins deforce.
Avez-vous besoin, disait une femme d’esprit qui connaissaitbien les hommes, d'intéresser quelqu’un en votre faveur ? flat-tez sa vanité par des éloges , aussi grossiers meme qu’il vousplaira, si vous n’avez pas l’esprit ou si vous ne voulez pasprendre la peine de louer avec finesse ; peut-être déplairez-vous le premier jour, le second on vous supportera, le troisièmem vous écoutera avec plaisir, le quatrième on vous aimera-