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Tome premier.
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DE PII ILOSOPIPIE.sion , lorsqu’à notre réveil nous nous apercevons que ce que nousavons cru voir, toucher ou entendre , n’a aucun rapport niaucune liaison, soit avec le lieu où nous sommes, soit avec ceque nous nous souvenons d’avoir fait auparavant. Nous dis-tinguons donc la veille du sommeil par cette continuité d’actionsqui, pendant la veille, se suivent et s’occasionent les unes lesautres ; elles forment une chaîne continue que les songes vien-nent tout à coup briser ou interrompre , et dans laquelle nousremarquons sans peine les lacunes que le sommeil y a faites. Parces principes on peut distinguer dans les objets l’existence réellede l’existence supposée.

La troisième question, comment nous parvenons à nous for-mer l’idée des corps et de l’étendue, renferme des difficultésencore plus réelles, et même, en un certain sens, insolubles.Le toucher nous apprend sans doute à distinguer ce qui est notred’avec ce qui nous environne ; il nous fait, pour ainsi dire , cir-conscrire l’univers à nous-mêmes ; mais comment nous donne-t-ill’idée de cette contiguité de parties, en quoi consiste proprementla notion de l’étendue? Voilà sur quoi la philosophie ne peutnous fournir, ce me semble , que des lumières fort imparfaites.C’est que nous ne pouvons remonter jusqu’aux perceptions sim-ples qui sont les élémens de cette perception multiple, commenous ne pouvons remonter aux élémens de la matière ; c’est quetoute perception primitive, unique et élémentaire, ne peut avoirpour objet qu’un être simple et qu’il nous est aussi impossiblede concevoir comment l’assemblage d’un nombre fini ou infinide perceptions simples produit une perception composée , que deconcevoir comment un être composé peut se former d’etressimples. En un mot, la sensation qui nous fait connaître l’eten-due est, par sa nature , aussi incompréhensible que l’étenduemême ; ainsi l’essence de la matière , et la manière dont nousnous en formons l’idée, restera toujours couverte de nuages.Nous pouvons conclure de nos sensations qu’il y a des êtreshors de nous; mais cet être que nous appelons matière,est-il semblable à l’idée que nous nous en formons? c’est ce quenous devons nous résoudre à ignorer. Il est dans chaque sciencedes principes vrais ou supposés, qu’on saisit par une espèced’instinct auquel on doit s’abandonner sans résistance ; autre-ment il faudrait admettre dans les principes un progrès àl’infini qui serait aussi absurde qu’un progrès à l’infini dans lesêtres et dans les causes, et qui rendrait tout incertain, fauted’un point fixe d’où l’on pût partir. C’est pour satisfaire nosbesoins et non pas notre curiosité , que les sensations nous sont,données ; c’est pour nous faire connaître le rapport que les êtres