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et celle de l’être pensant qui existe en nous , conduit le philoso-phe à la grande vérité de l’existence de Dieu. Cette vérité nepouvant être l’objet de la révélation (puisque la révélation lasuppose), on ne saurait trop s’étonner que l’antiquité ait etepartagée sur ce sujet; que des sectes entières de philosophesn’aient reconnu d’autre Dieu que le inonde; et que d’autres,en admettant un être souverain , aient eu des idées assez im-parfaites et assez fausses de la nature de cet être , pour donnerà leurs adversaires de l’avantage sur eux. Il a fallu que Dieu semanifestât directement aux hommes , pour leur faire connaîtreévidemment cette vérité qu’ils portaient tous au dedans d’eux-mêmes, mais que les uns n’y avaient pas reconnue , et que lesautres n’y voyaient qu’à travers un nuage. L’intelligence su-prême a déchiré le voile , et s’est montrée; sans ajouter rien auxlumières de notre raison par rapport aux preuves de son exis-tence , elle n’a fait que nous donner pleinement l’usage etl’exercice de ces lumières.
La preuve de l’existence de Dieu, qui se tire du consente-ment de tous les peuples, a paru d’une grande force à plusieursphilosophes de l’antiquité. Persttfftlés qu’ils étaient de l’impossi-bilité de se former une idée claire de la nature divine, il leursuffisait que tous les peuples admissent son existence ; la diffé-rence des opinions sur la nature de cet être était peu propre à lesfrapper, parce qu’ils regardaient cette différence comme unepreuve de la faiblesse de l’esprit humain, et l’uniformité de sen-tiinens sur l’existence d’une intelligence supérieure comme uneespèce d’aveu que le spectacle de l’univers arrachait aux hom-mes, et comme un hommage que cette intelligence inconnueles forçaità lui rendre(i). Mais la philosophie éclairée par la ré-vélation , ayant acquis des idées plus saines de la Divinité , nesépare plus ces idées de son existence. Croire Dieu ce qu’il n’estpas, est pour le sage à peu près la même chose que de ne pascroire qu’il existe. Ainsi la preuve de l’existence de Dieu, tiréedu consentement des peuples, ne pouvait avoir toute sa forcetant que l’univers a été privé des lumières de l’Evangile. 11 nefaut donc pas être étonné que cette preuve n’ait pas alors pro-duit le même effet sur tous les esprits.
Une autre raison des idées obscures ou informes que les an-ciens philosophes ont eues de l’existence de Dieu, c’est que parmiles objections de l’antiquité païenne contre cette vérité, il en
(l) Rien n’est peut-être plus éloquent dans toute l’antiquité que le com-mencement du discours de S. Paul dans l’Aréopage 1 : Athéniens, en passantdevant un de vos autels, j’y ai vu cette inscription : ad nir:r; inconnu. C’estce Dieu que vous adorez sans le connaître, que je vous annonce.