DE PHILOSOPHIE. 187
l’âme pense ou sent toujours ? L’énoncé seul Je cette questiondoit faire sentir l’impossibilité d’y répondre. La connaissance dela nature de l’âme ne peut servir à la résoudre, puisque cette con-naissance nous manque ; ainsi les philosophes qui ont prétenduque l’âme ne pense pas toujours , ne peuvent se fonder que surl’observation qu’ils en ont faite. Or c’est penser, qu’observerqu’011 ne pense pas ; et à l’égard de ces momens si fréquens et sifugitifs, où l’on n’a rien observé, et dont on ne juge que parréminiscence , cette réminiscence peut-elle être assez sûre pournous persuader que nous n’avons point pensé dans ces momens?Ceux au contraire qui soutiennent que l’âme pense toujours , 11ele peuvent prétendre que d’après l’attention continuelle qu’ilsont faite à chacune de leurs pensées, et tout le monde sait que larapidité des pensées qui se suivent en nous ne nous permet pascette alteulion soutenue.
Il en est de même d’une infinité d’autres questions dont on doitabandonner la solution aux métaphysiciens téméraires. En quoiconsiste l’union du corps et de l’âme , et leur influence réci-proque? En quel temps l’Ame est unie au corps? Si les habitudessont dans le corps et dans l’ânîe, ou dans l’âme seulement? E11quoi consiste l’inégalité des esprits ? Si cette inégalité est dans lesâmes, ou dépend uniquement de la disposition du corps , de l’e-ducation, des circonstances, de la société? Commentées différensobjets peuvent influer si différemment sur des âmes qui seraienttoutes égales d’ailleurs, ou comment des substances simples peu-vent être inégales par leur nature? Comment les animaux avecdes organes pareils aux nôtres , avec des sensations semblables ,et souvent plus vives, restent bornés à ces mêmes sensations, sansen tirer connue nous une foule d’idées abstraites et réfléchies, lesnotions métaphysiques, les langues, les lois, les sciences etlesarls?Enfin jusqu’où la réflexion peut porter les animaux, et pourquoielle ne peutles porter au-delà? Les idées innées sont une chimèreque l’expérience réprouve; mais la manière dons nous acquéronsdes sensations et des idées réfléchies, quoique prouvée par la mêmeexpérience, n’est pas moins incompréhensible. Sur tous cesobjets l’intelligence suprême a mis au-devant de notre faiblevue un voile que nous voudrions arracher en vain. C’est untriste sort pour notre curiosité et notre amour-propre , mais c’estle sort de l’humanité. Nous devons du moins en conclure queles systèmes , ou plutôt les rêves des philosophes sur la plupartdes questions métaphysiques, ne méritent aucune place dans unouvrage uniquement destiné à renfermer les connaissancesréelles acquises par l’esprit humain.
L’existence des objets de nos sensations, celle de notre corps