190 ÉLËMENS
dira point avec d’autres, pour sauver la justice de Dieu, quecet Etre si bon, si parfait et si sage , produit tout le physiquedes crimes sans en produire le moral, qui n’est autre chosequ’une privation ; il renvoie aux rêveries des scolastiques cettedistinction extravagante, et se contente de leur demander, pourleur fermer la bouche, comment Dieu, après avoir produit toutle physique des crimes , punit ensuite le moral , effet nécessairede ce physique. Ainsi, au lieu de faire des détours inutiles pourse retrouver an point d’où il est parti , au lieu de se couvrir dequelques raisonnemens subtils et frivoles, pour revenir ensuite ,pressé par les objections , à la profondeur des décrets éternels ,il reconnaît dès le premier moment cette profondeur et son igno-rance. Mais pour ôter aux athées tout sujet de triomphe , il re-marque et fait voir sans peine que les objections contre la libertésont encore plus fortes dans le système de l’éternité et de la né-cessité de la matière , que dans celui d’une intelligence toute-puissante et éternelle. Enfin, aux objections sur la misère del’homme, sur les désordres de l’ordre moral et sur les imperfec-tions de ce monde , il opposera les dogmes qui nous apprennentque l’homme a péché avant que de naître , qui nous promettentdes récompenses et des peines dans une vie future, et qui nousfont voir le plus parfait des mondes possibles dans celui où il afallu que Dieu prît la forme humaine. Mais ces différentesmatières étant l’objet de la révélation, le philosophe, pour nepoint en usurper les droits , laisse aux théologiens à les traiteravec le soin et les détails qu’elles exigent, et se contente de ren-voyer les incrédules aux ouvrages où elles sont discutées.
Du reste, comme la meilleure réponse aux objections desathées consiste dans des preuves directes de la vérité qu’ils com-battent, le philosophe s’appliquera principalement au choix deces preuves : il évitera surtout d’en employer aucune qui puisseetre sujette à contestation. Rien 11’est, on ose le dire , plus in-décent, plus scandaleux même, et ne serait plus nuisible àcette grande vérité (si quelque chose pouvait lui nuire) quela licence avec laquelle les scolastiques s’attaquent récipro-quement sur leurs démonstrations de l’existence de Dieu , quine méritent plus ce nom dès qu’elles 11e sont pas hors d’at-teinte. L’école de Scot rejette celle des Thomistes, les Tho-mistes celle de Scot, Descartes celle de Scot et des Thomistes,les Péripate’ticiens modernes celle de Descartes. 11 suffit qu’uneopinion soit combattue ( comme celle des idées innées ) pourqu’on ne doive pas en faire la base d’un argument de l’existencede Dieu. C’est alors moins prouver un premier Etre que l’ou-trager. Le philosophe se bornera donc aux preuves qui sont