DE PHILOSOPHIE. 191
commîmes à toutes les sectes, aux seuls argumens qui sontfondés sur des principes avoués par tous les siècles et par tousles hommes. Il cherchera l’existence de Dieu dans les phéno-mènes de l’univers, dans les lois admirables de la nature, nondans ces lois métaphysiques sujettes aux exceptions, et quechacun peut étendre, modifier et resserrer à son gré, maisdans les lois primitives fondées sur les propriétés invariablesdes corps. Ces lois si simples qu’elles paraissent dériver de l’exis-tence même de la matière, n’en dévoilent que mieux l’intelli-gence suprême ; par la manière dont elle a construit les diffé-rentes parties de notre univers, elle semble n’avoir eu besoinque de donner à cette grande machine la première impulsionpour en régler à jamais les ditférens phénomènes , et pour pro-duire , comme par un seul acte de sa volonté, l’ordre constantet inaltérable de la nature ; impulsion trop admirable et tropraisonnée pour être l’effet d’un hasard aveugle. C’est dans ceslois générales , plutôt que dans les phénomènes particuliers ,que le philosophe cherchera l’Etre suprême. Ce n’est pas que lesprocédés d’un insecte qui occupe en apparence si peu de placedans l’univers, découvrent moins à un esprit attentif l’intelli-gence infinie que les phénomènes généraux : mais ce dernierspectacle est bien plus fait que le premier pour frapper tous lesyeux : et les meilleurs argumens en ce genre sont ceux qui peu-vent convaincre le plus grand nombre.
De toutes les vérités métaphysiques, celle qui nous intéressele plus après l’existence de Dieu , et sans laquelle même l’exis-tence de Dieu nous intéresserait beaucoup moins, est l’immor-talité de l’âme. Comme cette vérité tient en même temps à laphilosophie et à la révélation, il est nécessaire de distinguer cequ’elle emprunte de l’une et de l’autre.
La philosophie fournit des argumens pressans de la réalitéd’une autre vie. Nous avons de très-fortes raisons de croire quenotre âme subsistera éternellement, parce que Dieu ne pourraitla détruire sans l’anéantir, que l’anéantissement de ce qu’il aproduit une fois ne paraît pas être dans les vues de sa sagesse ,et que les corps même 11e se détruisent qu’en se transformant.Riais d’un autre côté l’exemple des animaux dans lesquels lasubstance immatérielle périt avec eux, et ce grand principe querien de tout ce qui est créé n’est immortel de sa nature , suffi-sent pour nous faire sentir que Dieu pouvait ne créer notre âmeque pour un temps; ainsi l’impénétrabilité des décrets éternelsnous laisserait toujours quelque espèce d’incertitude sur cet im-portant objet, si la religion révélée ne venait au secours de noslumières , non pour y suppléer entièrement, niaispoury ajouter