ig8 ÉLÉMENS
est sortie , dit-il, l’âme raisonnable, et science de l’dme irra-tionnelle , qui nous est, dit-il, commune avec les brutes , et quiest produite du limon de la terre. On ne peut, ce me semble ,attribuer guère plus clairement à la matière la faculté de sentir ;et il faut avouer que cette idée, si elle n’avait pas d’ailleursd’autres inconvéniens, fournirait la réponse à une des plus fortesobjections qu’on peut faire contre l’âme des bêtes ; car si cetteâme n’était que matière, elle périrait naturellement avec lecorps. Il est vrai que les animaux paraissent avoir encore autrechose que des sensations , et être susceptibles d’une sorte de rai-sonnement , qu’on ne peut attribuer qu’à une substance pen-sante. Aussi Descartes, qui regardait la faculté de penser et cellede sentir comme l’attribut d’une seule et même substance , arefusé tout-à-fait l’une et l’autre faculté aux animaux , coupantainsi le nœud gordien pour s’en débarrasser. Mais il paraît quejusqu’à lui les idées des philosophes n’étaient pas bien fixées surla différence ou l’identité de l’âme sensible et de l’âme raison-nable Il ne faut peut-être pour s’en convaincre que se rappelerce principe trivial et de tous les temps, que la raison est ce quidistingue l’homme de la brute; par le mot raison on n’a pu en-tendre que la faculté dépenser, en tant qu’elle estdistinguée decelle de sentir. Encore ne faut-il pas entendre ici par faculté depenser, ce que cette expression signifie à la rigueur; mais seu-lement la faculté de penser perfectionnée, et rendue capablede s’étendre au-delà des besoins naturels : car pour la faculté deconnaître les vrais besoins de l’individu, leur nature, leur éten-due , leurs limites, et les moyens d’y satisfaire, avouons-le à lahonte de notre espèce , cette faculté paraît plus parfaite dans lesanimaux que dans les hommes.
Mais, dira-t -on , au lieu d’attribuer à deux principes différensla sensation et l’ébranlement de l’organe , tandis qu’on attribueau même principe deux choses aussi différentes que la sensationet la pensée , ne serait-il pas plus court et plus simple de rap-porter tout à un même principe, ébranlement, sensation, pen-sée , affections , etc. ? Cette manière de raisonner serait, ce mesemble , peu philosophique, indépendamment même des incon-véniens qui en résulteraient pour la religion. Bien'loin de pré-tendre tout réduire à la matière, plus j’approfondis la notion queje m’eu forme, plus cette notion me paraît un abîme d’obscu-rités. Le philosophe qui affirmerait qu’il n’y a qu’une substance,et celui qui voudrait en admettre trois , quatre ou davantage,seraient également téméraires. De bonne foi, avons-nous mêmeune idée claire de ce que c’est que substance, pour être si hardisdans nos assertions? Il n’y a qu’à écouter les définitions que les