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Tome premier.
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199
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DE PHILOSOPHIE. 199

philosophes en donnent. La substance , disent les uns, est ce quiexiste par soi-méme. On croirait qu’ils veulent parler de Dieu ;car il n’y a que Dieu qui puisse exister par soi-même. La subs-tance, disent les autres, est ce qui existe en soi-même ; celan’est-il pas bien clair? Qu’est-ce qu’exister en soi? On sent bienque par cette façon de parler on veut, distinguer la substance,qui existe indépendamment de la modification, d’avec la modi-fication , qui ne peut exister sans la substance ; mais l’idée quireste de la substance en est-elle plus nette? Faites abstraction detoutes les modifications l’une après l’autre , imaginez que ceque vous appelez substance ou sujet de ces modifications , ensoit dépouillé successivement ; il ne vous restera plus l'idée derien , et la substance 11e sera plus qu’un mot que vous pronon-cerez. Pour le faire sentir par un exemple, demandons aux phi-losophes ce que c’est que la matière. Ils nous diront que c’est unesubstance étendue et impénétrable. Otez l’impénétrabilité, quiest la modification distinctive par laquelle l’étendue simple estrendue matière , il nous restera l’étendue. Otez encore l’étendue,qui suivant la plupart au moins des philosophes modernes neconstitue point l’essence de la matière, il ne reste plus aucun,objet, aucune idée dans l’esprit ; et quand il resterait l’étendue,c’est-à-dire une portion de l’espace, il faudrait encore savoir sicette portion de l’espace et l’espace même sont quelque chosede réel (1). Qu’est-ce donc que la substance de la matière?

§ VIII. Eclaircissement sur ce qui est dit de la distinction deVAme et du corps, page 186.

Plus on creuse la question de la distinction du corps et del’âme, plus elle offre de matière à la méditation du philosophe.Convenons d’abord qu’il n’y a en effet aucun rapport apparententre l’étendue et la pensée. Un bloc de marbre ne parait nidoué ni susceptible de sensation , d’idée, de volonté : entre lamatière qui forme ce bloc de marbre , et celle qui forme lecorps humain , il n’y a ou il ne paraît y avoir que des diffé-rences purement matérielles, quant à la figure , à la couleur , àla mollesse ou à la dureté des parties, et à la fluidité de quel-ques unes ; la différence est encore moindre, quant au matériel,entre le corps humain et un automate qui en imiterait certainesfonctions, tel que la mécanique en produit quelquefois. Pour-quoi donc l’un a-t-il le sentiment et la pensée , taudis que l’autreen est privé? Quelle différence paraît-il y avoir entre la main d’uncadavre exposée au feu, et celle d’un homme vivant qui y est

(i) Voyez plus bas 1 Eclaircissement sur l’espace et sur le temps.