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Tome premier.
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DE PHILOSOPHIE. aoà

de nos organes, et combien de l’autre les organes de deuxhommes diffèrent de perfection entre eux, antérieurement àtoute éducation ; deux vérités que l’expérience prouve incontes-tablement. D’ailleurs , et ceci soit dit par manière de remon-trance aux philosophes qui s’épuisent en raisonnemens sur desquestions inutiles, qu’importe si les esprits , soit en eux-mêmes ,soit unis au corps , sont égaux ou inégaux entre eux , et suscep-tibles des mêmes idées, des mêmes talens, des mêmes vertus ?A quoi bon agiter cette question , dont la solution ne peut êtred’aucune utilité pratique, puisque dans le fait les esprits deshommes sont réellement très-inégaux dans leurs productions ,et qu’aucun système ne pourra jamais les rendre égaux à cetégard ? L’éducation peut seulement diminuer jusqu’à un certainpoint cette inégalité. Si c’est là toute la conséquence pratiquequ’on veut tirer du système de l’égalité primordiale des esprits ,cette conséquence est vraie indépendamment du système ; car ilest évident par l’expérience que , soit que les-esprits soient égauxou non par leur nature , l’éducation peut les perfectionner, oupar le nombre et le genre des idées qu’elle procure, ou par ledegré de perfection qu’elle peut ajouter aux organes. Mais pré-tendre que deux hommes , différemment constitués et organisés,et placés d’ailleurs dans les. mêmes circonstances à chaque instantde leur vie , produiront absolument les mêmes choses , c’est pré-tendre que deux hommes, l’un faible, l’autre robuste, placésdans les mêmes circonstances, et élevés de même, seront ca-pables des mêmes actions de force corporelle.

Autre difficulté ; car dans cette matière ténébreuse tout en-fourmille. Si les âmes des hommes sont égales par leur nature ,et si la différence de leurs idées et de leurs qualités tient unique-ment à celle des organes , pourquoi l’âme des bêtes ne serait-ellepas égale par sa nature à celle des hommes ? et si elle l’est, pour-quoi la différence de sort qu’elle éprouve? Yoilà encore del’occupation pour les métaphysiciens, au moins pour ceux quin’auront rien de mieux à faire que de chercher à résoudre depareilles questions sans y pouvoir réussir.

Donnons encore à cette occasion une nouvelle preuve del’esprit conséquent de Descartes. « L’âme, disait-il, est essenliel-» lement différente de la matière. Elle doit doue avoir des idées» qui en soient indépendantes. Elle doit donc avoir des idées in-» nées. « Cette conséquence , si elle n’est pas démonstrative,est au moins bien philosophique, bien convenable et à la dignitéde notre ame , et à la grandeur de l’Être qui l’a créée. Mais mal-heureusement cette conséquence n’est pas vraie ; Locke a dé-montré, et bien d’autres après lui, que toutes nos idées, même