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On a quelquefois attaqué les adversaires déclarés du christia-nisme par ce principe , qu’ils anéantissent autant qu il est en euxle seul frein que puisse avoir le peuple. Il serait dangereux, ceme semble, d’appuyer uniquement, comme ont fait quelquesécrivains, sur cette considération purement politique. Ce seraitfaire injure à la vraie religion que de vouloir la conserver et ladéfendre par les mêmes vues qu’une invention purement hu-maine. Ce serait d’ailleurs ignorer que, si lai croyance d un Dieuvengeur est un des plus puissans remparts que les législateurspuissent opposer à la méchanceté des hommes , ce motif n agitpas avec une égale force sur tous les esprits. La multitude, pourl’ordinaire, n’est vivement agitée que par la crainte d un mal ,ou l’espérance d’un bien présent. Une expérience triste , mais |malheureusement trop vraie , prouve, à la honte de J humanité,que les crimes qui sont punis par des lois se commettent peu, en ;comparaison de ceux dont l’Étre suprême est le seul témoin et leseul juge, quoique la loi divine défende également les uns et lesautres. Ainsi, d’un côté , les peines dont la foi nous menace sontpar leur nature le frein le plus redoutable des crimes ; de 1 autre,l’aveuglement de l’esprit humain empêche ce frein d etre aussigénéral qu’il pourrait l’être.
11 résulte de tout ce qu’on vient de dire que , dans les paysmême oh la tolérance civile est admise , le moraliste ne doit pasétablir cette règle, de ne jamais punir les écrits contre la re-ligion, mais qu’il doit laisser à la prudence du gouvernementet des magistrats à déterminer en ce genre ce qu’il vaut mieuxignorer que punir.
Quelques philosophes de nos jours prétendent que si 1 on pros-crit entièrement les ouvrages contre la religion , il ne seraitpeut-être pas moins à propos d’interdire aussi les écrits en safaveur. « Dès qu’il n’y aura point, disent-ils, d’adversaires dé-» clarés, ces écrits ne serviraient qu’à prouver aux simples>> que la religion a des adversaires secrets. D’ailleurs qu ajoute-» ront tous ces ouvrages aux excellens livres déjà composés en j» faveur du christianisme ? Et qu’y ajoutent-ils souvent en eilet» que des argumens faibles et mal présentés, qui prouvent plus« de zèle que de lumière, et qui peuvent donner aux incrédules» une apparence d’avantage ? » Nous convenons que, dans a |supposition présente, les écrits en faveur de la religion seraientmoins nécessaires ; mais nous ne voyous pas qu’il puisse jamaisêtre dangereux de soutenir une bonne cause par de bonnes raisons , même sans avoir d’adversaires à combattre.
Outre les lois générales qui ont rapport aux hommes consi-dérés comme membres d’une société quelconque , chaque société