a3o ÉLÉMENS
Les connaissances d’utilité première , sont celles qui ont pourobjet les besoins ou les devoirs communs à tous les hommes. En-suite viennent les connaissances qui nous sont utiles par rapportà la société particulière dans laquelle nous vivons ; savoir la con-naissance des lois de cette société, et de ce que la nature fournità nos besoins dans le pays que nous habitons. Enfin on doit pla-cer au troisième rang les connaissances utiles à une société con-sidérée dans son rapport aux autres.
Toutes les connaissances dont nous venons de faire mentiondoivent être cultivées dans une société policée. Il semble d’abordque cet objet ouvre un champ fort vaste; cependant ce champ sivaste se resserre beaucoup, si on réduit ces connaissances à cequ’elles ont d’absolument nécessaire.
A l’égard des connaissances simplement curieuses, il faut endistinguer de deux espèces. Quelques unes tiennent au moins in-directement aux connaissances utiles. Il doit donc être permis,il est même avantageux que ces sciences soient cultivées avecquelque soin , surtout si elles dirigent leurs recherches vers lesobjets d’utilité.
Mais que dirons-nous des connaissances de pure spéculation, decelles qui ont pour unique but le plaisir ou l’ostentation de savoir?Il semble que l’on ne doit s’appliquer à ces sortes de sciences quefaute de pouvoir être plus utile à sa nation. D’oii il résultequ’elles doivent être peu en honneur dans les républiques, oùchaque citoyen faisant une partie réelle et indispensable de l’Etatest plus obligé de s’occuper d’objets utiles à l’Etat. Ces étudesont donc réservées aux citoyens d’une monarchie, que la cons-titution du gouvernement oblige d’y rester inutiles, et de cher-cher à adoucir leur oisiveté par des occupations sans consé-quence.
Nous ne parlons encore ici que des sciences purement spécu-latives , qui, renfermées dans un objet abstrait et difficile , nesauraient être l’occupation ou l’amusement que d’un très-pelitnombre de personnes. Il n’en est pas tout-à-fait de même desconnaissances de pur agrément. Si leur culture ne peut êtrel’ouvrage que du talent et du génie ,,les fruits qui en naissentdoivent être partagés et goûtés par la multitude. Ces connais-sances pouvant contribuer à l’agrément de la société , sont sansdoute préférables à cet égard aux connaissances de spéculationaride ; mais cet avantage est compensé par un inconvénientconsidérable. En multipliant les plaisirs , elles en inspirent ouen entretiennent le goût, et ce goût est proche de l’excès et dela licence ; il est plus facile de le réprimer que de le régler. Ilserait donc peut-être plus à propos que les hommes se fussent