Band 
Tome premier.
Seite
231
JPEG-Download
 

DE PHILOSOPHIE. a3i

interdit les arts d’agrément que de s’y être livrés (i). Néanmoinsces arts d’agrément étant une fois connus, ils peuvent, dans cer-tains États , occuper un grand nombre de sujets oisifs, ut lesempêcher de rendre leur oisiveté nuisible. Nous passerions lesbornes de cet essai, si nous entrions dans un plus grand détail.Mais en considérant ainsi sous différens chefs la question pro-posée, et en la divisant en différentes branches, on pourra exa-miner , ce me semble , afec quelque précision , l’influence quela culture des sciences et des beaux-arts peut avoir sur la moraledes États et sur celle du citoyen,

XII. MORALE DU PHILOSOPHE.

Venons à la morale du philosophe. Elle a pour but, ainsi quenous l’avons dit, la manière dont nous devons penser pour nousrendre heureux indépendamment des autres. Cette manière depenser se réduit à deux principes, au détachement des richesseset à celui des honneurs. Le premier entre dans la morale del’homme , et nous en avons parlé ; le second paraît tenir moins àcette morale, parce que les honneurs ne font partie ni de notrevéritable bien-être physique, ni même de l’existence morale àlaquelle tous les citoyens ont un droit égal. Mais si le désintéres-sement sur les honneurs n’est pas d’obligation morale par rap-port à la société, il n’est pas moins nécessaire à notre bonheurque le désintéressement sur les richesses. La raison permet sansdoute d’être flatté des honneurs , mais sans les exiger ni les at-tendre ; leur jouissance peut augmenter notre bonheur , leurprivation ne doit point l’altérer. C’est en cela que consiste la vraiephilosophie , et non dans l’affectation à mépriser ce qu’onsouhaite. C’est mettre un trop grand prix aux honneurs que deles fuir avec empressement ou de les rechercher avec avidité ;le même excès de vanité produit ces deux effets contraires.

D’après ces principes la morale établit et détermine jusqu’oùil est permis de porter l’ambition. Cette passion , le plus grandmobile des actions et même des vertus des hommes, et que parcelle raison il serait dangereux de vouloir éteindre, a cela desingulier, que lorsqu’elle est modérée , c’est un sentiment esti-mable , la suite et la preuve de l’élévation de l’àme , et queportée à l’excès elle est le plus odieux et le plus funeste de tousles vices. En effet, elle est le seul qui ne respecte rien, ni sang,ni liaisons, ni devoirs. L’avare est quelquefois généreux pour

I (il La plupart des arts, dit Xènophon, livre 5 e . des Vils mémorables,corrompent le corps de ceux qui les exercent : ils obligent de s’asseoir hl’ombre et auprès du feu ; on n’a de temps ni pour ses amis, ni pour la ré-publique.