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Tome premier.
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2,3a ÉLÉMENS

son ami , l’amant lui sacrifie quelquefois sa maîtresse, l’ambi-tieux sacrifie tout à l’objet qu’il veut atteindre ou qu’il possède.Aussi de tous les maux que les passions des hommes leur cau-sent , les malheurs que l’ambition leur fait éprouver sont ceuxqui excitent le moins la compassion du sage.

Pour réprimer plus efficacement l’ambition , la morale nousfait surtout envisager les excès qui en sont la suite. C’est parceque l’ambition excessive est une passion si détestable, que l’envieen est une si honteuse. Ces deux passions ont leur source dansle même principe ; l’ambition a seulement quelque chose demoins vil, en ce qu’elle se montre pour l’ordinaire à découvert,au lieu que l’envie agit en se cachant ; elle suppose en effet, oula connaissance secrète de son infériorité et de son impuissance,ou ce qui est plus bas encore, le chagrin de la justice rendue àson inférieur, c’est-à-dire, le chagrin d’un bien fait à autrui quin’est pas un mal pour soi : or aucun de ces deux sentimens n’estfait pour être mis au grand jour. L’envie suppose toujours aumoins quelque mérite réel dans celui qui en est l’objet; elle estdonc toujours injuste ; c’est pour cela qu’elle se cache. Si l’objetde l’envie n’a qu’un mérite factice, d’emprunt ou de cabale ,l’envie diminue à proportion, et se tourne bientôt en méprispour celui qui reçoit les honneurs, pour ceux qui les donnent, etpour les honneurs même.

La jalousie en amour n’est pas du même genre que l’envie ;c est un sentiment plus naturel , et dont on a beaucoup moinsà rougir. Elle n’est autre chose que la crainte d’être troublé dansla possession de ce qu’on aime. L’amour est un sentiment siexclusif, et qui anéantit tellement tous les autres, qu’il exigenaturellement- un retour semblable de la part de son objet. Cen’est donc point en y attachant une idée de bassesse , que la mo-rale attaque la jalousie en amour; c’est en nous représentantles malheurs dont l’amour même est la source ; sentiment douxet terrible , qu’on peut demander si l’Etre suprême a impriméaux hommes dans sa faveur ou dans sa colère. Un philosophe denos jours examine dans un de ses ouvrages, pourquoi l’amourfait le bonheur de tous les êtres , et le malheur de l’homme :c’est, dit-il , qu’il n’y a dans cette passion que le physique debon , et que le moral, c’est-à-dire le sentiment qui l’accompagne,n’en vaut rien. Ce philosophe n’a pas prétendu sans doute que lemoral de l’amour n’ajoutàt pas au plaisir physique; l’expérienceserait contre lui : il n’a pas voulu dire non plus que le moraln’est qu’une illusion , ce qui est vrai , mais ne détruit pas lavivacité du plaisir ; et combien peu de plaisirs ont un objet réel !Il a voulu dire seulement que le moral de l’amour est ce qui en